Quelle performance ?

La Sécu a de l’argent à perdre. Elle offre à tous les médecins de ville un 13ème mois, sous forme de prime « à la performance » (ROSP [1]). Les médecins devraient produire des soins de « qualité », sur des objectifs appelés « de santé publique ». Plus les objectifs sont réalisés, plus la prime est conséquente. Les médecins n’ont pas été consultés sur le choix des critères qui déterminent cette récompense, et les patients non plus. Les médecins sont encouragés à modifier leurs pratiques pour améliorer leurs scores, et ceci à l’insu du patient.

On pourrait imaginer que cela récompense ceux qui accordent beaucoup de temps à leurs consultations, qui s’occupent des questions sociales, qui accueillent bien les patients et qui se forment. Et bien non, les critères de « qualité » sont des indicateurs que la Sécu sait compter : le nombre de vaccins contre la grippe, les mammographies après 50 ans (alors qu’on se demande si c’est utile…), le pourcentage de statines prescrites en génériques (en occultant le débat sur l’intérêt de ces molécules…). Ou des indicateurs cliniques et biologiques récupérés à l’insu des patients (tension artérielle, analyses de sang) qui donnent des points et de l’argent s’ils sont compris dans des normes (mais qui fait les normes et dans quel intérêt ?).

Pas de débat, pas d’objectif de formation ni d’esprit critique, pas d’information des patients. Seulement des comptes, pour faire des économies ? Là non plus cela ne marche pas, et personne n’a encore pu prouver que c’était utile, que cela améliorait les comptes ni les pratiques. Alors, quand un médecin vous prescrit certains examens, comment savoir si c’est dans l’intérêt de votre santé ou pour améliorer son score ? Un médecin peut-il affirmer qu’il ne change pas sa façon de travailler, alors qu’il est commissionné pour ? Son indépendance est mise en question.

Dans la nouvelle convention de 2016 entre la Sécurité sociale et les syndicats majoritaires de médecins libéraux, on annonce la possibilité d’intégrer de nouveaux critères : nombres de prescriptions de transport, imagerie, biologie, reprise d’activité…Lisez : limitation des arrêts de travail. Cela pourra être décidé sans nouvelles négociations entre les partenaires. Ceux qui accepteront d’être payés en fonction des arrêts de travail qu’ils auront refusés se trouveront dans la même situation que les médecins conseils actuellement, qui ont des primes quand ils renvoient les patients au boulot…

Quels seront les perdants de la performance ? Certainement les patients qui ne sont consultés ni sur les « objectifs de santé publique », ni sur la rémunération des soignants ni sur la modification de comportement de leurs médecins pour devenir « performants » parfois à leurs dépens. Mais les médecins ont aussi beaucoup à perdre à dévoyer ainsi leur métier pour quelques dollars de plus.

Des médecins refusent ce mode de paiement et demandent qu’on sorte du système et du paiement à l’acte et de la fausse santé publique décidée par les gouvernements. En présentant l’exemple des Maisons Médicales belges : paiement des médecins au nombre de patients suivis, cahier des charges pour demande de subventions sur des objectifs décidés entre professionnels et usagers pour l’amélioration de la santé de la population locale. On en est bien loin ici…


Pour consulter les derniers communiqués du SMG relatifs à cette question :
http://www.smg-pratiques.info/Convention-medicale-2016-fuite-en.html

ou

http://www.smg-pratiques.info/CONVENTION-2016-ALERTE-Danger-sur.html


[1Rémunération sur objectifs de santé publique


mercredi 18 janvier 2017
par  Sébastien Thiéry

Considérant Calais, et tout autour

PEROU.(1) Arrêté N° 2017-01 du 1er janvier 2017. Portant mesures de résistance aux politiques de destruction et de criminalisation de l’hospitalité faite aux réfugiés en France

Vu la République, la fraternité en ses fondements.

Vu les bouleversements des temps présents, la perspective de mouvements migratoires extraordinaires, la démultiplication à venir de « jungles » dans les plis et replis de nos territoires.

Considérant que la Jungle de Calais fut habitée par plus de 20 000 exilés, non pas errants mais héros, rescapés de l’inimaginable, armés d’un espoir infini.

Considérant qu’ici-même ont effectivement vécu, et non survécu à peine, des rêveurs colossaux, des marcheurs obstinés, des pionniers inépuisables que nos dispositifs de contrôle, procédures carcérales, containers invivables se sont acharnés à casser afin que n’en résulte qu’une humanité-rebut à gérer, décompter, placer, déplacer.

Considérant que Mohammed, Ahmid, Zimako, Youssef, et tant d’autres se sont avérés non de pauvres errants, migrants vulnérables et démunis, mais d’invétérés bâtisseurs qui, en dépit de la boue, de tout ce qui bruyamment terrorisait, de tout ce qui discrètement infantilisait, ont construit en quelques mois à peine trois églises, cinq mosquées, trois écoles, un théâtre, deux bibliothèques, un hammam, trois infirmeries, cinq salons de coiffure, quarante-huit restaurants, quarante-quatre épiceries, sept boulangeries, quatre boîtes de nuit, d’immenses preuves d’humanité réduites au statut d’anecdotes dans l’histoire officielle de la « crise des migrants ».

Considérant qu’à bonne distance du centre historique de Calais, l’on a habité, cuisiné, dansé, fait l’amour, fait de la politique, parlé plus de vingt langues, chanté l’espoir et la peine, ri et pleuré, lu et écrit, contredit ainsi avec éclat les récits accablants dont indignés comme exaspérés n’ont cessé de s’enivrer, assoiffés des images du désastre, bourrés de plaintes, écoeurés par ce tout ce qui en dissidence pouvait s’inventer, se créer, s’affirmer.

Considérant qu’entre autoroute et front de mer, chacun des habitats construit, dressé, tendu, planté, portait l’empreinte d’une main soigneuse, d’un geste attentif, d’une parole liturgique peut-être, de l’espoir d’un jour meilleur sans doute, et s’avérait donc une écriture bien trop savante pour les témoins patentés dont les yeux n’ont enregistré que fatras et cloaques, dont la bouche n’a régurgité que les mots « honte » et « indignité ».

Considérant que pendant un an, dans la ville comme dans le bidonville, des centaines de britanniques, belges, hollandais, allemands, italiens, grecs, français, ont quotidiennement construit plus que de raison, distribué vivres et vêtements, organisé concerts et pièces de théâtre, créé radios et journaux, dispensé conseils juridiques et soins médicaux et, le soir venu, occupé les dizaines de lits de l’Auberge de Jeunesse de Calais, haut-lieu d’une solidarité active peut-être unique au monde, centre de l’Europe s’il en fut.

Considérant qu’avant ces mois officiellement sombres, les associations locales n’avaient jamais reçu autant de dons et de propositions de bénévolat, et que durant ces mois effectivement hors du commun n’a pourtant cessé d’être reproduite la fable d’une exaspération collective, d’une xénophobie généralisée, d’une violence calaisienne qui, sur-médiatisée, a sali la ville autant que les kilomètres de barbelés l’ont défigurée.

Considérant que Calais fut, de facto, une ville-monde, avant-garde d’une urbanité du 21e siècle dont le déni, à la force de politiques publiques brutales, a témoigné d’un aveuglement criminel à l’endroit de mondes à venir, d’un irresponsable mépris pour les formes contemporaines d’hospitalité que des milliers d’anonymes ont risquées.

Considérant qu’à la suite de l’écrasement de cette cité potentielle et de l’éloignement de ses bâtisseurs, Mairie, Région et Etat réunis ont programmé l’ouverture à Calais d’un parc d’attraction nommé « Heroïc Land », urbanité factice de 40 hectares dédiée aux héros de jeux vidéos, inimaginable cité fantôme de 275 millions d’euros, monument à la vulgarité des politiques publiques contemporaines.

Considérant que tout ce qui fit et que fut la Jungle ne disparaîtra pas, ni à la force d’une violence légale déployée en lisière de nos villes comme si s’organisaient là quelques bandes de criminels, ni sous l’effet d’attractions en tout genre faites pour anesthésier les esprits et détourner les regards, ni par la grâce des solutions abstraites de « l’hébergement pour tous », dont les containers, centres, et autres camps officiels à plusieurs millions d’euros exposent, sidérant, le caractère d’impasse.

Considérant que l’incurie des acteurs publics d’aujourd’hui et l’inanité de leurs solutions sont si vastes que demain la Jungle de Calais se réinventera au centuple, en France comme en Europe, et que pour l’invention de politiques publiques sérieuses enfin, demeurera comme seul trésor public le fruit de ce que calaisiens et exilés ont inlassablement cultivé des mois durant, à savoir ce qui nous rapproche.

Déclare :

- 1 : Que la destruction de la Jungle de Calais doit se voir consignée dans les pages de l’histoire de France contemporaine comme un acte de guerre conduit non seulement contre des constructions, mais aussi contre des hommes, des femmes, des enfants, des rêves, des chants, des histoires, non seulement contre un bidonville, mais contre ce qui en 2016 a fait ville à Calais.

- 2 : Qu’éviter que se répètent de telles opérations d’anéantissement nécessite de résister au déni de réalité, de contredire les fables mortifères des professionnels de la plainte comme des promoteurs de l’exaspération, de magnifier la beauté des bâtisseurs des confins, de rendre célèbres leurs gestes d’hospitalité, de s’avérer autrement attentifs au souffle séculaire qui les anime comme aux promesses d’avenir qu’ils dessinent.

- 3 : Qu’agir au devant de telles situations-monde qui demain se démultiplieront nécessite de faire s’amplifier les gestes créateurs des exilés et de leurs hôtes, d’édifier dans leur sillage des palais offrant abri de droits et de joie, d’inventer dans leur prolongement les hauts-lieux d’une fraternité reconquise, de risquer sous leur influence d’autres formes d’écritures politiques de l’hospitalité, de ce que nous avons en commun, de notre République.

(1) Le PEROU, Pôle d’Exploration de Ressources Urbaine , est une association loi 1901, laboratoire de recherche-action sur la ville, alliant action sociale et action architecturale, pour imaginer et créer des rispostes concrètes autour de la question de l’hostilité/hospitalité


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