Le droit à l’amour et à la haine - Cordel N°9

dimanche 5 avril 2015
par  Elisabeth Arrighi
popularité : 28%

Une revendication légitime

Avoir droit à l’amour, aimer et être aimé est une revendication légitime, même si elle n’est pas toujours couronnée de succès. Par contre, le droit à la haine est un droit peu revendiqué ouvertement. Certains, voire beaucoup ne savent pas identifier, reconnaître la haine en eux-mêmes ou chez les autres. D’autant que l’amour ne se prescrit pas. Évidemment, le droit à l’amour et à la haine ne tient que s’il est ancré dans cette polarité, et aussi bien sûr, adossé aux interdits fondamentaux, l’interdit du meurtre, l’interdit de l’inceste, et le respect de la barrière des générations. On a le droit de ressentir des sentiments de haine, d’avoir des envies de meurtre, mais on n’a pas le droit de tuer.

Chez le tout petit

Le bébé fait l’expérience de l’amour et de la haine quand il est confronté à l’envie de téter, quand sa bouche rencontre ou non le sein ou le biberon. Les sensations de plaisir dans le contact bouche-sein ou bouche –biberon sont la base du sentiment de sécurité et d’amour, si cette tétée s’est passée dans un climat chaleureux, . Tandis que les sensations de mal-être, apparaissent quand la bouche ne trouve pas le sein entraîne un sentiment de haine, de colère à la fois contre soi et contre l’autre. Contre soi comme si le bébé se croyait incapable de faire arriver le sein, et contre l’autre comme si le retard à la tétée était dirigé contre lui. Si alors, la mère n’est pas « suffisamment bonne », « good enough » selon les mots du psychanalyste anglais D Winnicott, si elle n’est pas « potable », si elle ne sait pas rassurer le bébé, il va croire définitives sa propre incapacité et la mise à distance par sa mère.

L’agressivité comme composante de l’élan vital

Si la haine vise une personne, l’agressivité, elle, est du côté de la combativité de l’être vivant. On croque la pomme pour l’assimiler en soi, de même savoir croquer la vie à pleines dents est une force. A condition de savoir différencier le ressenti de l’agressivité et son expression déréglée. L’enfant a besoin que son parent tolère paisiblement son agressivité , et qu’on lui dise qu’il est normal de s’énerver, mais qu’on n’ a pas le droit de taper .

 Quand le parent a besoin d’être rassuré

Certains parents prennent peur devant la fragilité du nouveau né, devant leur pouvoir de vie et de mort qu’ils ont face à un tout petit si démuni, et devant leur responsabilité. Certains ont besoin d’être rassurés qu’ils sont des bons parents, et si l’enfant manifeste du déplaisir , des pleurs , ils vont avoir l’impression d’être désavoués, comme parents incompétents. Chez certains parents, cela peut déclencher des sentiments de frustration, de colère, des gestes de maltraitance, le syndrome du bébé secoué, d’autant que eux même ils auront du faire face à de parents insatisfaits quand ils étaient petits et qu’ils avaient rêvé d’être les parents parfaits d’un enfant parfait.
 

Le crime parfait du meurtre d’âme

A la suite de Kafka et de Ferenczi, le psychanalyste Philippe Réfabert a proposé le concept du meurtre d’âme que l’on peut illustrer par l’histoire suivante : des parents emmènent leur petite fille se promener en forêt. Elle gambade devant. A un moment, ils décident sadiquement de se cacher derrière un bosquet, en secret sans prévenir l’enfant. Et de leur cachette, ils observent l’enfant. Soudain, l’enfant s’aperçoit que les parents ont disparu. Elle pense aux méchants, au loup, à la nuit et peu à peu sombre dans la terreur. Quand derrière le bosquet, les parents voient qu’elle est complètement liquéfiée de peur, ils sortent de leur cachette, en disant : « mon gros bêta, jamais on t’aurait abandonnée ». Alors l’enfant qui est petite ne peut pas imaginer qu’ils ont décidé de façon perverse de se cacher. Elle ne peut que se souvenir qu’ils l’ont retrouvée. Elle les imagent comme ses « sauveurs », alors que s’ils viennent de lui tendre la main, c’est eux qui lui avaient mis la tête sous l’eau auparavant. Les parents auront exercé une sorte de crime parfait où l’arme du crime est cachée, le crime est effacé et où l’enfant n’a pas les possibilités de croire à ses sensations de terreur, elle est obligée de les oublier. Des enfants qui auront vécu cela risquent d’être mutilés de leur capacité d’identifier la haine chez eux.

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Voici, en prime, le lien à la vidéo d’un haka maori pour un mariage, vidéo qui a fait le tour du monde .
Les amis et témoins des mariés y mettent en scène le droit à l’agressivité, puis celui du droit à l’affection, à la tendresse

http://www.20minutes.fr/insolite/1771499-20160122-video-haka-lors-mariage-maori-emeut-monde-entier


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On obtient un petit fascicule que l’on peut feuilleter et dont la page de couverture est constituée par l’image


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Commentaires

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dimanche 31 mai 2015 à 21h47 - par  léaD

Concernant la mère et son enfant, les mots "suffisamment bonne" et "potable" me gênent car porteurs de jugement dans mes représentations.

Si le droit à l’amour me semblait être une évidence, c’est vrai que je n’avais jamais pensé à/réfléchi sur le droit à la haine.

Merci de parler de la "peur" des parents, démunis. Cela aussi, on n’en parle jamais à la fac. On nous répète sans cesse de repérer la maltraitance, les enfants en danger et de les protéger (ce qui je pense est en effet fondamental) mais on ne parle pas des parents, de leurs possibles angoisses/peurs. Merci d’apporter cet éclairage-là qui me permettra d’être plus à l’écoute de cette potentielle souffrance...et, on peut rêver, de la repérer pour tenter d’aider à la soulager avant qu’elle ne retentisse trop sur les enfants ?

L’illustration du "concept de mort d’âme" -que je ne connaissais pas- est très intéressante.

"Une case en moins" : cette expression est porteuse de représentations datant du collège, où elle était utilisée pour qualifier des personnes ayant des difficultés de compréhension. Est-ce utilisé volontairement ici ?
Ma remarque va peut-être être naïve car je ne connais pas la psychanalyse, et je trouve cet encadré intéressant mais j’ai du mal à voir son application pratique pour le soin. En effet, imaginer me retrouver face à un enfant dans cette situation me laisse dépourvue sur les possibilités de soins à proposer/partager avec lui.

Cronopes : que signifie ce terme ? cela qualifie-t-il des parents en adoration devant leurs enfants ?
Je trouve cette situation dure car emprunte de déterminisme et cela me rend triste de croire à cela. Mais peut-être que cela reflète la réalité et que je suis trop utopiste ?

Merci de me faire découvrir la psychanalyse !

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