Le Panthéon de "Volo"

lundi 23 novembre 2015
par  Pierre Volovitch
popularité : 18%

Lors du dîner-cordel du 20 Novembre 2015, Pierre Volovitch, qui animait nos débats sur le "Trou de la Sécu", a bien voulu évoquer, en fin de séance, son "Panthéon" personnel.

Le voici, restitué à nos lecteurs, pour leur meilleur plaisir, nous l’espérons...

Pierre Monatte, 1881-1960
par Roger Hagnauer(n° 63 du Monde Libertaire, octobre 1960)

Dans le numéro de juillet 1960 de la Révolution prolétarienne, nous avons tenté Maurice Chambelland, Raymond Guilloré et moi d’éclairer la personnalité de Pierre Monatte, mort le 27 juin 1960, dans sa soixante-dix-neuvième année. Sa biographie parait facile à écrire. On la résumerait en trois mots : continuité, constance, fidélité. Ce fils d’artisans de la Haute-Loire : un forgeron et une dentellière, de souche paysanne, demeure l’illustration la plus parfaite de cette haute morale du refus de parvenir, définie par Albert Thierry qui fut son collaborateur à La Vie ouvrière, avant de tomber au front en 1915.

Bachelier, maitre d’internat, déjà suspect pour ses lectures insolites et ses fréquentations dangereuses, il vient à Paris, et en 1902 il entre comme correcteur dans un atelier d’imprimerie et adhère immédiatement à la Fédération du Livre. Jusqu’à sa retraite en 1952, il resta dans son atelier ; jusqu’à sa mort il ajouta chaque année une carte syndicale à la collection ouverte à l’âge de dix-neuf ans.
***
Bien sur, le vieux forgeron auvergnat avait pu croire que son fils Pierre était victime de ses mauvaises lectures et fréquentations (aucun homme, à ma connaissance, ne profitait mieux que Pierre de ce qu’il lisait et de ce qu’il entendait, aucun esprit n’était plus réceptif que le sien). Mais, par-delà une masse de connaissances acquises, soigneusement enregistrées, assemblées et classées, Pierre gardait le sens ouvrier et paysan, une instruction qui le rendait aussi sensible aux réactions des forgerons de village qu’à celles des foules ouvrières parisiennes.

Nous avons rencontré des révolutionnaires sincères, cherchant les aventures par vocation innée et s’engageant dans toute bataille insurrectionnelle comme dans une performance sportive. Pierre Monatte était aussi peu aventurier et sportif que possible. Son courage physique et moral semblait si naturel et normal qu’on ne lui a jamais laissé de place sur le palmarès des actions d’éclat. C’est l’occasion qui fait le héros, dit-on quelquefois. C’est-à-dire que la circonstance extraordinaire révèle des qualités exceptionnelles et insoupçonnées. Avec Pierre Monatte, rien de pouvait paraitre extraordinaire ou exceptionnel. Selon le témoignage de Romain Rolland, « Il était de ceux, très rares, qui agissent comme ils parlent, qui parlent comme ils pensent. » L’occasion d’un jour, dans son cas, n’a jamais « fait » le héros. Il pensait, parlait, agissait ce jour-là comme la veille et cela suffisait pour qu’il soit presque seul. Ici, c’est le héros de tous les jours... qui a « fait » l’occasion de se singulariser.

Car, il y eut tout de même quelques coupures dans cette continuité. Collaborateur de Pages libres et des Temps nouveaux, il avait participé au congrès de la CGT de Bourges (1904) qui décida l’historique 1er Mai 1906 et au non moins historique congrès d’Amiens (1906) qui vota la Charte du syndicalisme, à laquelle nous demeurons fidèles. Il était l’un des derniers survivants du syndicalisme de 1906.
Impliqué dans le fameux complot... anarcho-bonapartiste ( ? !) imaginé par Clémenceau, emprisonné une première fois, il s’exila en Suisse pour échapper à de nouvelles poursuites et y rencontra celui qu’il influença profondément, le médecin de Zurich : Fritz Brupbacher, déjà hérétique dans la social-démocratie, plus tard hérétique dans le communisme, qui a consacré à Monatte une de ses premières productions et à Jules Vallès, une de ses dernières.

La deuxième coupure se produisit en 1914. Monatte fut le premier à prendre position contre la politique d’Union Sacrée à laquelle s’était soumise la direction de la CGT. Sa lettre de démission du comité fédéral (décembre 1914) reste pour nous un véritable monument historique.
Porte-parole de la minorité aux congrès de la CGT, il avait salué la Révolution russe d’octobre dans laquelle il voyait le prolongement de la Conférence internationale de Zimmerwald tenue en 1915. La troisième coupure se produisit en 1920 lorsqu’il fut impliqué dans le grand complot monté par le gouvernement du bloc national à la suite des grèves généralisées de cette anné-là. Il sortit de prison, acquitté avec tous ses « complices » un an plus tard. Il devait alors diriger la page sociale de l’Humanité, au lendemain de la scission confédérale consommée en 1922. Il quitta cette maison, où il ne se sentait guère à son aise, une première fois, lorsque les politiciens à la Frossard tentèrent de dresser le nouveau parti contre la Révolution russe. Il la quitta définitivement en 1924, lorsque L’Humanité, le Parti, la CGTU, eurent été colonisés par les agents de Staline.

Et pendant trente-cinq ans sa vie a repris son cours normal. C’est-à-dire qu’il ne sortait de l’atelier que pour consacrer au mouvement ouvrier son intuition presque géniale, sa vigilance et sa rigoureuse probité. Il fut l’inspirateur et le guide de tous ceux qui acceptèrent de « remonter le courant »... avec plus ou moins de tenacité, jamais autant de constance et de confiance que lui.
Le terme de survivant du syndicalisme de 1906 le définit mal. Il ne fut jamais l’homme du mouvement, fidèle sans doute aux formules qui avaient assuré depuis Amiens l’unité du syndicalisme ouvrier par l’indépendance totale et l’espoir révolutionnaire. En 1914, avant la guerre, il proclamait que l’action par soi-même « la libération des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes, réclamait l’énergie, la tenacité, la foi de la classe ouvrière en ses destinées ». Tout cela était ruiné par l’idée d’une révolution politique qui « tomberait soudain sur la société comme un voleur dans la nuit [...]. »
J’ai déjà signalé que la doctrine de Pierre Monatte se résumait parfaitement dans les titres des deux revues qu’il a fondées : La Vie ouvrière (de 1909 à 1914), La Révolution prolétarienne (depuis 1925).
La Vie ouvrière, car c’est elle qui porte l’espoir révolutionnaire. La Révolution prolétarienne, car la révolution doit être faite par et pour les prolétaires. Il n’a jamais été question pour lui de soumettre la vie politique à l’idéologie révolutionnaire - ni de détacher de la classe ouvrière une fraction que l’on qualifiera de prolétariat révolutionnaire, afin qu’elle se laisse plus facilement encadrer par les professionnels de la révolution...
Pendant l’entre-deux-guerres, pendant la guerre, depuis la Libération, les campagnes que nous avons menées sous son inspiration morale s’inspirèrent de ce double esprit.
Il y eut sans doute l’opposition irréductible au stalinisme... usurpateur, puis « liquidateur » des conquêtes et des hommes d’octobre 1917, enfin impérialisme monstrueux, sanguinaire et réactionnaire. La lutte pour l’unité syndicale, l’unité ouvrière, l’unité pour l’unité, car il faut « refaire » une classe ouvrière, Monatte fut l’un des premiers à soutenir le mouvement pour l’unité d’un syndicalisme démocratique, lancé par Lapeyre, Forestier et Pastre.
La lutte contre le colonialisme. La Révolution prolétarienne peut s’honorer d’avoir été la première à tirer de l’ombre les noms de Nehru, du Vietnam, de Messali-Hadj... alors que la proscription frappait les pionniers de la libération des peuples colonisés.
La lutte contre la rationalisation qui avilit l’homme dans l’ouvrier, comme le stalinisme avilit l’homme dans le militant.
Tandis que sous la froide coupole du Colombarium nous attendions dans un silence oppressant que se consumât le corps de notre vieux guide, je regardais autour de moi les visages présents. Il y avait là des hommes et des femmes à qui Monatte n’avait pas toujours ménagé les critiques et les brutales objurgations. Il y avait aussi nombre d’amis libertaires.

Quoi que l’on ait pu écrire, quoi que l’on ait pu penser au cours des soubresauts de notre mouvement, Monatte n’a jamais renié ses origines anarchistes. C’est au congrès d’Amsterdam en 1907, à vingt-cinq ans, que s’opposant au grand Malatesta, il avait défini magistralement le syndicalisme révolutionnaire comme la seule voie ouverte à ceux qui veulent créer les institutions ouvrières au sein de la société bourgeoise, afin de remplacer et d’abattre l’État centralisateur.
Mais c’est encore plus par la noblesse de son humanité et de sa morale qu’il a témoigné de la présence d’« intrus » dans un monde soumis à l’oppression et à l’exploitation - d’hommes comme lui, qui « n’ont jamais voulu être des chefs », et qui par la dignité de leur vie ouvrière, justifient nos espoirs dans une fin digne d’une société d’hommes libres.
On a comparé Monatte à Jules Vallès. Par ses origines, sa formation, son style, il mérite un tel rapprochement.
Mais, c’est surtout de Fernand Pelloutier qu’il se réclamait - de l’homme qui voulut d’abord être un organisateur et aussi et surtout un amant passionné de la culture de soi-même.
Alors que tant de « grands hommes » ou vrais ou faux ne cessent de dire... « Faites-moi confiance ! »... Pierre Monatte n’a cessé de nous répéter : il faut que les ouvriers reprennent confiance en eux-mêmes !... Chaque fois que nous lui disions « tu devrais prendre cela en mains », il nous répondait avec humour : « Si vous vous preniez un peu par la main ! »
Et c’est en cela que ce vieil ouvrier, ce militant « sans galons » ce grand bonhomme qui, pour rester « quelqu’un » n’a jamais voulu être quelque chose, fut pour notre génération, pendant quarante ans, le plus efficace des éducateurs.


Alexandra Kollontaï
, 1872-1952
Alexandra MikhaïlovnaKollontaï (en russe : Александра Михайловна Коллонтай), née le 31mars (19 mars) 1872 à Saint-Pétersbourg et morte le 9mars1952 à Moscou, est une femme politiquesocialiste, communiste et militante féministesoviétique. Elle est la première femme de l’Histoire contemporaine à avoir été membre d’un gouvernement1 et ambassadrice dans un pays étranger.

Enfance et études

Alexandra Kollontaï, jeune.
Fille unique d’un général de l’armée tsariste nommé Michel Domoutovitch, issue de l’aristocratie, Alexandra Domoutovitch reçoit une éducation soignée et polyglotte. Ses origines partiellement caréliennes lui permettent d’acquérir une bonne connaissance de la culture et de la langue finnoises, ce qui orientera sa carrière à partir de 1939.
Après avoir refusé, à l’âge de 17 ans, un mariage arrangé, elle épouse à l’âge de 20 ans un jeune officier dont elle est éprise, qui lui donnera un enfant et son nom en 1893. En 1896, lassée de la vie de couple, elle rompt avec son milieu d’origine et part étudier l’économie politique à l’Université de Zurich, où elle devient progressivement marxiste. Appréciant les voyages, elle parcourt l’Europe, notamment la France, l’Allemagne et l’Italie. Elle se lie avec Lénine et Gueorgui Plekhanov, en exil en Suisse, ainsi qu’avec d’autres figures révolutionnaires, à l’instar de Rosa Luxemburg en Allemagne ou Paul Lafargue en France, dont elle prononcera l’éloge funèbre en 19112.
Premiers engagements politiques
Alexandra Kollontaï adhère au marxisme et au POSDR en 1898. En 1903 se produit la scission entre bolcheviks et mencheviks : rejetant dans un premier temps l’organisation militarisée[réf. nécessaire] des bolcheviks, elle rejoint les mencheviks. Elle revient un temps en Russie pour participer à la révolution de 1905.
Commissaire du peuple et critiques du léninisme
Alexandra Kollontaï, au centre, assise à gauche de Lénine lors d’une session du conseil des commissaires du peuple entre décembre 1917 et janvier 1918.
En 1914, elle s’oppose à la Première Guerre mondiale, et pour cette raison rejoint les bolcheviks, en 1915. Elle déclarait ainsi en 1912 : « Le prolétariat russe, aux côtés de celui du monde entier, proteste contre toutes les guerres. C’est un fait bien connu que le prolétariat ne connaît aucune frontière nationale. Il ne reconnaît que deux "nations" dans le monde civilisé : les exploiteurs et les exploités3. »
Elle se réfugie quelque temps en Europe du Nord puis aux États-Unis. Elle participe à la révolution de 1917 et devient Commissaire du peuple à l’Assistance publique (qui correspond aux actuels ministères de la Santé) dans le gouvernement des soviets, de novembre 1917 à mars 1918, ce qui fait d’elle la première femme au monde à avoir participé à un gouvernement. Elle créé le Zhenotdel (ministère chargé des affaires féminines) avec Inès Armand.
Alexandra Kollontaï est rapidement en désaccord avec la politique du parti bolchevik, d’abord avec l’étatisation de la production au lieu de la collectivisation, puis avec la réduction des libertés politiques, les conditions du traité de Brest-Litovsk et la répression contre les autres révolutionnaires. En 1918, elle fait partie de la tendance « communiste de gauche », qui publie la revue Kommunist. Elle fonde en 1920 une fraction interne au Parti, « l’Opposition ouvrière » qu’elle dirige avec Alexandre Chliapnikov et qui réclame plus de démocratie et l’autonomie des syndicats. En 1921, lors du passage à la NEP, elle accuse Lénine d’être devenu un défenseur du capitalisme.
Le droit de fraction est supprimé en 1921 dans le parti bolchevik, qui est devenu le parti unique de Russie, et l’Opposition ouvrière est dissoute. Alexandra Kollontaï fait cependant partie des signataires d’une lettre ouverte écrite par Alexandre Chliapnikov en 1922.
Ambassadrice de l’URSS : un exil diplomatique
Alexandra Kollontaï devient ambassadrice de l’Union soviétique en Norvège en 1923 — elle y était représentante depuis 1922, mais ce n’était pas encore une ambassade à proprement parler —, ce qui revient à un exil de fait et lui interdit toute action dans la vie politique soviétique. Cela fait néanmoins d’elle la première femme ambassadrice. Elle n’est pas formellement inquiétée, mais les journaux de l’époque l’attaquent avec virulence en mettant l’accent sur sa vie sentimentale sulfureuse, n’hésitant pas à la surnommer : « la scandaleuse » ou « l’immorale ». Alors qu’elle effectue un voyage aux États-Unis en qualité de représentante du Parti, les journaux soviétiques titrent : « La Kollontaïnette part pour l’étranger ; si ça pouvait être pour toujours ! »4. Cet éloignement lui permet cependant d’échapper aux purges staliniennes, qui frappent notamment les anciens de l’Opposition ouvrière, entre 1927 et 1929, entraînant des déportations au Goulag et des assassinats. Elle marque son mandat en récupérant l’or que l’ancien chef du gouvernement provisoire de la RussieAleksandr Kerenski avait transféré en Finlande.
Après des missions diplomatiques saluées — en tant qu’ambassadrice et « représentante commerciale » — au Mexique (1926-1927) et à nouveau en Norvège (1927-1930), Alexandra Kollontaï est nommée ambassadrice en Suède en 1930 où elle mène les négociations pour les deux armistices entre l’URSS et la Finlande, en 1940 et en 1944, et pour l’armistice avec la Roumanie en 1944 (avec NeaguDjuvara). Des hommes politiques finlandais proposeront sa candidature pour le Prix Nobel de la paix, en 1946.
Victor Alexandrov évoque Alexandra Kollontaï, alors ambassadrice d’URSS dans son récit Histoire secrète du pacte germano-soviétique : « Elle avait sans désemparer attendu le visiteur important qui lui était simplement annoncé par un télégramme chiffré, depuis la veille au soir. Elle avait somnolé sur un canapé de velours, sous le portrait fait d’elle, vingt ans plus tôt, par Annenkov, le peintre officiel du nouveau pouvoir bolchevik. Le temps avait passé et chiffonné son agréable visage aux pommettes saillantes. La première femme « ambassadeur » des temps modernes, celle dont on disait dans les chancelleries occidentales qu’elle était le seul « homme de confiance » de Staline, le seul à ne pas risquer d’être soudainement liquidé par le NKVD, avait atteint les soixante-sept ans. Souffrant d’une maladie de cœur, elle supportait les contrastes de l’été baltique en abusant de la digitaline » et « Le statut de l’« ambassadrice » (elle ne porta véritablement ce titre qu’à partir de 1943) était ainsi fait de nombreuses tolérances, d’abord de la part du camarade Staline qui avait renoncé à lui reprocher une garde-robe outrageusement parisienne, ensuite par les pouvoirs publics et la police de Stockholm, rapidement conquis par son charme slave et son féminisme désinvolte »5.
Fin de vie
Alexandra Kollontaï renonce en mars 1945 à ses fonctions et termine sa vie à Moscou, où elle décède en 1952. Elle est enterrée au cimetière de Novodevitchi.
Féminisme

Copenhague, 1910, VIIIe congrès de l’Internationale socialiste, au centre Alexandra Kollontaï avec Clara Zetkin.
Comme beaucoup de socialistes ou de communistes, Alexandra Kollontaï condamne le féminisme de son époque, le considérant comme « bourgeois », puisqu’il détourne la lutte des classes en affirmant qu’il n’y a pas qu’une domination économique, mais aussi une domination des genres. Mais elle travaille cependant à l’émancipation de la femme dans le combat communiste ; elle déclare ainsi : « La dictature du prolétariat ne peut être réalisée et maintenue qu’avec la participation énergique et active des travailleuses6. »
Elle participe à la première conférence de l’Internationale socialiste des femmes, le 17 août 1907, à Stuttgart (Allemagne). En 1910, elle accompagne la femme politique allemande Clara Zetkin (qu’elle aide à créer la Journée internationale des femmes, le 8 mars) à la deuxième conférence qui se tient à Copenhague ; elle y représente les ouvrières du textile de Saint-Pétersbourg4. Elles y rencontrent Inès Armand et Rosa Luxemburg.
Lors de la conférence qui a lieu deux ans plus tard à Bâle, elle est qualifiée de « Jaurès en jupons »)2. Elle est membre honoraire de la British Society for the Study of Sex Psychology2. Elle est membre en 1921-1922 du secrétariat international des femmes au Komintern, en tant que secrétaire générale.
L’action d’Alexandra Kollontaï, en tant que commissaire du peuple, et de ses consœurs leur permet d’obtenir le droit de vote et d’être élues, le droit au divorce par consentement mutuel, l’accès à l’éducation, un salaire égal à celui des hommes, des congés de maternité et l’égalité de reconnaissance entre enfants légitimes et naturels. Le droit à l’avortement est obtenu en 1920 — il sera limité en 1936 par Staline, puis rétabli après la mort de ce dernier. Elle sera au cœur de nombreuses polémiques sur la place des femmes dans la société soviétique.
Polyamour (amour-camaraderie)
Elle pose la question de ce que seront les relations amoureuses dans une société libérée de la morale bourgeoise. Appliquant à l’amour le concept marxiste d’idéologie, elle considère qu’à chaque type d’organisation sociale (féodalisme, capitalisme, etc.) correspond un idéal amoureux, dont les caractéristiques permettent l’efficacité et le maintien de cette organisation. Pour elle, l’association entre sentiment amoureux et sexualité et le principe de fidélité au sein du couple marié sont des principes répondant aux besoins de la bourgeoisie dans une société libérale.
« Le réformateur religieux Luther, et avec lui tous les penseurs et hommes d’action de la Renaissance et de la Réforme (XVe-XVIe siècles) mesuraient très bien la force sociale que renfermait le sentiment de l’amour. Sachant que pour la solidité de la famille – unité économique à la base du régime bourgeois – il fallait l’union intime de tous ses membres, les idéologues révolutionnaires de la bourgeoisie naissante proclamèrent un nouvel idéal moral de l’amour : l’amour qui unit les deux principes [sentiment amoureux et sexualité]. [...]
L’amour n’était légitime que dans le mariage ; ailleurs, il était considéré comme immoral. Un tel idéal était dicté par des considérations économiques : il s’agissait d’empêcher la dispersion du capital parmi les enfants collatéraux. Toute la morale bourgeoise avait pour fonction de contribuer à la concentration du capital7. »
Elle estime que le mariage et la fidélité, qu’elle appelle la « captivité amoureuse », sont amenés à disparaître, et théorise une nouvelle morale sentimentale, l’amour-camaraderie, préfigurant le concept moderne de polyamour et basé sur trois principes :
• l’égalité des rapports mutuels.
• l’absence de possessivité et la reconnaissance des droits individuels de chacun des membres du couple.
• l’empathie et le souci de l’autre réciproque (qui n’est exigé, précise-t-elle, que de la femme vers l’homme dans la "civilisation bourgeoise"). Elle-même vit des relations amoureuses libres et multiples.
Elle est critiquée par Lénine comme par Trotski, plus prudes, qui estiment le couple fidèle comme la forme naturelle d’expression amoureuse. Au courant de ses nombreuses liaisons, Lénine qualifie la vision de Kollontaï de « décadente »[réf. nécessaire].
Prostitution (abolitionnisme)
Alexandra Kollontai milite pour l’abolition des lois règlementant ou interdisant la prostitution, dénonçant la réglementation comme la prohibition de la prostitution comme des "hypocrisies" qui frappent avant tout les prostituées les plus démunies. Le gouvernement dont elle fit parti mit fin aux réglementations de la prostitution qui existaient sous le régime tsariste.
« Le scandale de cette règlementation, c’est qu’elle retombe entièrement sur les femmes des classes pauvres ; devant les prostituées riches, la police comme les règlements ne font qu’ôter poliment leur chapeau7. »
Tout en s’opposant farouchement à la prostitution, elle met celle-ci sur un pied d’égalité avec le mariage tel qu’il existe à son époque, préfigurant la notion d’échange économico-sexuel de l’ethnologue contemporaine Paola Tabet.
« Dans la société bourgeoise, une femme est persécutée non pas quand elle ne travaille pas utilement pour la collectivité8, ou parce qu’elle se vend pour des raisons vénales (deux tiers des femmes de la société bourgeoises se vendent à leur époux légitime), mais lorsque leurs relations sexuelles sont informelles et de courte durée. Le mariage dans la société bourgeoise se caractérise par la durée et la nature formelle de son enregistrement. L’héritage de la propriété est ainsi préservé. Les relations temporaires sans validation officielle sont considérées par les bigots et les hypocrites tenants de la morale bourgeoise comme étant honteuse. [...]
Pour nous, dans la république ouvrière, il n’est pas important qu’une femme se vende à un homme ou à plusieurs, qu’elle soit catégorisée comme une prostituée professionnelle vendant ses faveurs à une succession de clients ou comme une femme se vendant à son mari9. »
Elle s’oppose également à la pénalisation des clients de la prostitution :
« Le problème suivant qu’il nous fallut résoudre fût de déterminer si la loi devait punir ou non les clients de prostituées. Certains membres de la commission furent pour, mais ils durent renoncer à l’idée, qui ne suit pas, logiquement, nos prémisses de base. Comment un client peut-il être défini ? Est-il quelqu’un qui achète les faveurs d’une femme ? Dans ce cas, les maris de nombreuses femmes légales seraient coupables. Qui décide qui est client et qui ne l’est pas10 ? »
Pour elle, la fin de la prostitution ("qui est une violence que s’inflige une femme à elle-même pour des raisons financières") doit venir par l’égale participation des femmes et hommes au travail collectif et à l’égale distribution des ressources produites, mettant fin à toute nécessité, pour les femmes, de se vendre à des hommes en échange d’argent - c’est-à-dire mettant fin à la fois au mariage bourgeois et à la prostitution.

Karol Modzelewski, né en 1937
Karol Modzelewski (né le 23novembre1937 à Moscou) est un historien, écrivain, dissident et homme politique polonais.
Son père, ZygmuntModzelewski (1900-1954) était un militant communiste qui vécut en France de 1923 à 1937, où il fut membre du comité central du Parti communiste de 1924 à 1925, avant de résider à Moscou de 1937 à 1945, puis de devenir haut responsable du Parti ouvrier unifié polonais, d’exercer les fonctions de ministre des affaires étrangères et de membre du Conseil d’État (présidence collective de la République).
Karol Modzelewski fait ses études à l’université de Varsovie avant d’y enseigner l’histoire. Il est exclu en 1964 du Parti ouvrier unifié polonais. Il publie la même année une « lettre ouverte au parti » avec Jacek Kuroń, ce qui lui vaut d’être emprisonné pendant 3 ans. Il participe aux manifestations de mars 1968 et passe 3 ans et demis en prison.
Au cours des grèves de 1980 il propose le nom Solidarność pour une nouvelle organisation d’opposition. Il est de nouveau emprisonné pendant l’état de siège décrété par le général Wojciech Jaruzelski.
Karol Modzelewski se fait donc connaître par son activité politique : il a été des premiers combats du mouvement ouvrier Solidarność. Pourtant la recherche historique l’a tout autant construit.
Où donc Modzelewski, né à Moscou en 1937, a-t-il donc appris à parler un français aussi riche ? « J’avais vingt ans, confie-t-il, j’étais amoureux, elle était Française ». Karol Modzelewski parle français et russe, mais aussi italien et bien sûr polonais. À l’université de Varsovie, où il enseigne l’histoire médiévale, il est un des rares spécialistes à maîtriser les sources lombardes (longobardes), et plus généralement germaniques, scandinaves et slaves. Cette connaissance des langues a permis qu’il devienne un des meilleurs spécialistes des barbares de l’Antiquité gréco-latine. Son dernier ouvrage, L’Europe des Barbares, édité en 2006 au Département Aubier des éditions Flammarion, est une référence consacrée à ces peuples que les Grecs raillèrent en imitant leur bredouillement « bar-bar-bar » pour les nommer. Modzelewski a suivi leur trajectoire dès le Ier siècle.
La problématique qu’il soutient est que l’Europe ne repose pas uniquement sur l’héritage des civilisations grecque et romaine et moins encore sur la christianisation universaliste. En effet, d’où vient la pratique de la vendetta, la Cour d’assise, la tonte des femmes adultères, si ce n’est des coutumes barbares.
Il plaide pour une reconnaissance de la contribution de la Pologne dans l’Histoire européenne. Coupé de ces legs par la domination soviétique, la Pologne retrouve ses racines, que le communisme a tenté d’arracher sans toutefois jamais y parvenir tout à fait.
Fait remarquable, nulle tension ne transparaît dans la voix de Modzelewski alors même que celui-ci a été à trois reprises incarcéré comme prisonnier politique, pour une durée totale de presque neuf ans. Il s’inscrit en cela dans une lignée d’hommes résilients. Ainsi, son père avant lui, Alexandre Boudnevitch, élève de l’école militaire de l’armée soviétique, fut emprisonné à Moscou en 1937, au moment culminant des grandes purges, et en réchappa.
Quant à la mère du médiéviste, une femme russe passionnée de philologie romane, elle tomba sous le charme du communiste polonais ZygmuntModzelewski, qu’elle rejoignit dès 1945 avec le jeune Karol : il devint donc le père adoptif du jeune garçon à qui il donna son nom.
ZygmuntModzelewski était responsable du Parti communiste en Haute-Silésie, avant de suivre les ouvriers polonais émigrés en France. Lorsque Staline décréta la dissolution du Parti communiste polonais, il fut appelé à Moscou, puis arrêté. Il séjourna deux ans dans les cachots de la Loubianka. Lorsqu’il fut libéré, il fallut le nourrir à la cuillère.
Encouragé par ce modèle de résilience, Karol MODZELEWSKI fit de l’engagement politique sa seconde nature. En Pologne, « le grand public me connaît plus comme dissident que comme médiéviste », remarque-t-il. Ses activités de politique et d’historien n’ont pas cessé d’évoluer en parallèle, l’une nourrissant l’autre tout au long de sa vie.
Par exemple, le Moyen âge : son étude offre un double avantage. D’abord, elle présente l’avantage de ne pas être surveillée par les commissaires idéologiques du régime. Ensuite, la société médiévale européenne trouve un écho particulier pour un Polonais vivant dans une société catholique, avec « un penchant communautaire très fort »
De son expérience polonaise vient peut-être aussi cette sensibilité au sort des barbares. À croire qu’il se sent un lien avec ceux que les Grecs et les Romains considéraient comme des sauvages. Dix-neuf siècles plus tard, les réflexes sont les mêmes. Que faire quand un discours officiel prévaut et blâme ceux qui parlent une autre langue ? « La révolution », déclare tranquillement KarolMODZELEWSKI.
Il a 19 ans en 1956. Encouragé par le rapport Nikita KHROUTCHEV, il est parmi les ouvriers qui occupent l’usine Zevan. C’est là qu’il connaît son premier « frisson insurrectionnel ».
Quelques mois plus tard, il s’inscrit au PC et adhère au courant révisionniste avec l’intention de continuer la révolution amorcée en 1956. Mais la normalisation dirigée par Wladyslaw GOMULKA rétablit l’ordre.
Pour avoir rédigé avec Jacek KURON, autre figure de la dissidence polonaise, un manifeste du révisionnisme radical, il est exclu du Parti, chassé de l’Université, puis arrêté avec Jacek Kuron en mars 1965. Suit, pour les deux hommes, un séjour de deux ans et demi en prison. Quand ils en sortent, c’est pour souffler sur les braises de l’agitation universitaire, au côté d’Adam MICHNIK. On est alors en 1968. La Pologne entière est en grève. Au loin résonne le Printemps de Prague.
Considéré comme un leader spirituel de la révolution, l’historien replonge pour trois ans et demi en prison. Son directeur de thèse, Aleksander GIESZTOR, plaide pour qu’il puisse continuer à écrire. Mais GOMULKA en personne s’y oppose.
Sa sortie de prison correspond au renversement de ce dernier par la révolte ouvrière en 1970 ; la nouvelle direction, celle d’Edward GIEREK, cherche un apaisement : Karol MODZELEWSKI reçoit un poste de maître-assistant à l’académie des sciences de Wroclaw. Sa thèse doctorale, qui porte sur l’organisation économique de l’État polonais au Moyen âge, ainsi que sa thèse d’habilitation, sur l’Italie lombarde, sont publiées. Cependant, la décision administrative qui le consacre professeur ne tombera qu’en... 1981, tant le régime se méfie de cet électron libre.
L’apaisement ne dure pas. Au début des années 1980, la grève enflamme à nouveau le pays. Les chantiers sont paralysés. D’immenses usines, comme à Gdansk, sont transformées en républiques indépendantes. Karol MODZELEWSKI devient un leader syndical. C’est lui qui, en septembre 1980, propose à la réunion des comités régionaux à Gdansk de former un syndicat national et de l’appeler « SOLIDARNOŚĆ ». Il en devient le porte-parole.
« C’était irrésistible, se souvient-il, et quelle foule ! » Mais la peur est là : reconnaître la liberté syndicale, c’est presque un suicide pour le régime communiste. Et si ce dernier s’effondre, c’est la porte ouverte à une intervention soviétique. Il faut donc trouver un compromis et parvenir à cohabiter.
Quinze mois plus tard, le général Wojciech Witold JARUZELSKI, alors Premier ministre, applique la loi martiale afin de couper l’herbe sous les pieds des soviétiques et éviter à la Pologne une occupation par les troupes russes..SOLIDARNOŚĆ est dissous, et le médiéviste de nouveau emprisonné. Mais, cette fois, l’indignation dépasse les frontières. En France, une pétition menée par Jacques LE GOFF réclame la libération de ce confrère enfermé dans un camp d’internement sans aucune procédure.
De nouveau, Karol MODZELEWSKI doit sa survie à l’Histoire médiévale. Il parvient à écrire Les Paysans en Europe médiévale qui sera publié en 1987, trois ans après l’amnistie qui le libérera enfin.
Les murs sont tombés. La démocratie a pris le pas sur la tyrannie. Les élections libres sont devenues une habitude polonaise. En 1989, Karol MODZELEWSKI a été élu sénateur à gauche, de 1989 à 1991. Mais, en 1991, il retourne vers le Moyen âge : « Faire la guerre a été une nécessité du moment. Faire de l’histoire, c’est pour l’historien la mission de sa vie », constate-t-il. Engagé à gauche, il soutient l’Union du travail, et a soutenu Włodzimierz CIMOSZEWSKI lors de l’élection présidentielle de 2005. Il est chevalier de l’Ordre de l’Aigle blanc. En 2014 il a obtenu le Prix Nike pour son autobiographie Zajeździmykobyłęhistorii. Wyznaniapoobijanegojeźdźca


Eugène Varlin 1839-1871 : Aux origines du mouvement ouvrier et du syndicalisme
vendredi 13 avril 2012

Portrait d’Eugène Varlin par Félix Valloton
Eugène Varlin naît le 5 octobre 1839 à Claye-Souilly en Seine-et-Marne, à 37 km de Paris, sur la route de Meaux. Son père possède quelques arpents de vigne, insuffisants pour nourrir la famille. Pour compléter son revenu, il travaille comme journalier dans les fermes avoisinantes. Sa mère est femme au foyer et élève trois garçons, Eugène, Louis, Hippolyte et une fille, Clémence.
La famille Varlin est de souche républicaine. Jean Adrien Varlin a installé la première municipalité républicaine à Claye-Souilly en 1792. Le grand-père maternel d’Eugène, Antoine Duru, a été écarté du conseil municipal en 1851 à cause de ses opinions républicaines.
Bien que vivant pauvrement, les parents Varlin envoient leurs enfants à l’école, payante à cette époque.
- Une solide formation générale et professionnelle.
Eugène quitte l’école à treize ans, en 1852, pour faire son apprentissage de relieur à Paris, d’abord chez un confrère de son oncle, Hippolyte Duru, puis chez son oncle luimême.
De 1855 à 1859, il parfait son apprentissage dans plusieurs ateliers. Il est ensuite embauché comme contremaître. En 1860-61, il complète son instruction générale en suivant les cours de l’association philotechnique. En 1862, il s’installe dans ses meubles, 33, rue Dauphine, dans le VIe arrondissement où il restera jusqu’en 1870. Il commence à apprendre le latin en 1864.
Eugène Varlin est maintenant doté d’une solide formation professionnelle doublée d’une bonne instruction générale.
En 1857, il participe à la fondation de la Société civile des relieurs, société de secours mutuels regroupant ouvriers et patrons. Il y fait son apprentissage de militant ouvrier.
En 1862, a lieu l’exposition universelle de Londres. Eugène Varlin ne fait pas partie de la délégation française mais il contribue à la rédaction du rapport publié à la suite de ce voyage.
Le 25 mai 1864 est votée la loi qui autorise les grèves en l’assortissant de sévères restrictions. Les ouvriers relieurs s’engouffrent dans la brèche et cessent le travail en août. Les patrons cèdent sur une partie des revendications. Varlin s’est beaucoup investi dans ce mouvement. Pour le remercier, les ouvriers relieurs lui offrent une montre en argent. Les avantages concédés par les patrons ayant été remis en question, une deuxième grève se produit en 1865, sans résultat positif. Les conflits rendent impossible la cohabitation des ouvriers et des patrons dans la Société civile des relieurs. Eugène Varlin en est exclu en 1866.
- Le militant ouvrier.
Il est alors à l’initiative de la Société civile d’épargne et de crédit mutuel des ouvriers relieurs de Paris dont il est élu président. Dans le conseil d’administration de quinze membres, figure l’ouvrière relieuse Nathalie Le Mel. Parallèlement, Varlin est à l’initiative, avec la Fédération des relieurs, de la Caisse fédérative de prévoyance des cinq centimes dite Caisse du sou dans laquelle les ouvriers versent cinq centimes par semaine pour constituer un fonds dans le but de venir en aide aux grévistes.
En 1864, a été créée à Londres l’Association internationale des travailleurs (AIT) plus connue sous le nom de 1re Internationale à laquelle Eugène Varlin adhère en 1865 quand est fondé le bureau parisien qui a son siège, 44, rue des Gravilliers dans le IIIe arrondissement. Plus tard, le bureau sera transféré rue de la Corderie dans le même arrondissement. Les secrétaires correspondants sont des proudhoniens. Varlin fait partie de la commission de vingt membres chargés de l’administrer. Il collabore aux journaux de l’Internationale, la Tribune ouvrière puis la Presse ouvrière. En septembre, il assiste à Londres à la conférence de l’Internationale.
- Pour l’amélioration des conditions de travail des femmes et l’instruction pour tous.
En septembre 1866, Varlin est délégué au premier congrès de l’Internationale à Genève. Il y fait deux propositions qui sont refusées par la majorité proudhonienne de la délégation française. La première concerne l’amélioration des conditions de travail des femmes en opposition à la notion de femme au foyer. En second lieu, il demande l’enseignement par la société (et non par la famille), sous la direction des parents, et obligatoire pour tous les enfants.
Après ce congrès, Varlin devient l’un des trois secrétaires correspondants. Coopérateur, il fonde, en 1867, la coopérative de consommation La Ménagère et l’année suivante le restaurant coopératif La Marmite, rue Larrey, dans le VIe arrondissement dont trois succursales fonctionneront en 1870.
L’Internationale soutient les grèves qui se multiplient et apporte une aide financière aux grévistes en utilisant la Caisse du sou. Le pouvoir réagit en lançant des poursuites judiciaires contre les quinze membres de la commission parisienne de l’Internationale. Ceux-ci démissionnent et quinze nouveaux membres sont élus. Parmi eux, on trouve Varlin qui reste secrétaire correspondant avec deux nouveaux venus, Malon et Landrin. Le second bureau, composé de collectivistes, est beaucoup plus résolu que le précédent. Le second congrès de l’Internationale a lieu en septembre 1868 à Bruxelles. Dans ses notes préparatoires, Varlin propose la réduction de la journée de travail à huit heures pour que l’ouvrier puisse s’éduquer, développer son intelligence. Avec le progrès des machines, ajoute-t-il, le travail sera aussi bien fait. Varlin ne peut pas participer au congrès car il a été condamné à trois mois de prison lors du deuxième procès intenté à l’Internationale.

Eugène Varlin
- Organisateur des travailleurs et initiateur du syndicalisme.
Varlin et ses compagnons sortent de prison en octobre 1868. Il leur faut reconstruire l’Internationale en France, qui a été déstructurée par les deux premier procès. Ils s’y emploient avec vigueur et succès en s’appuyant, en 1869, sur les importants mouvements de grèves en France et à l’étranger qui amènent à impulser la solidarité. La caisse du sou est mise à contribution. Varlin pense que l’organisation des forces révolutionnaires du travail est la question préalable à toute réforme et que la grève est une école de lutte. 1869 est aussi l’année du 4e congrès de l’Internationale à Bâle. Varlin y représente les ouvriers relieurs de Paris où il incarne le mouvement ouvrier parisien. Il rend compte des travaux du congrès dans un article du Commerce, organe des Chambres syndicales ouvrières : les sociétés corporatives, résistance, solidarité syndicat, méritent surtout nos encouragements et sympathies, car ce sont elles qui forment les éléments naturels de l’édifice social de l’avenir. Eugène Varlin s’affirme ainsi comme l’initiateur du syndicalisme français tel qu’il se construira à la fin du siècle.
Varlin se rend dans les principales villes et centre industriels de France pour y implanter l’Internationale. Des sections sont fondées à Marseille, Lyon, Le Creusot, Rouen et dans des dizaines d’autres villes. Au printemps 1870, l’Internationale est à l’apogée de son influence et de son organisation en France avec environ 100 000 membres.
Le pouvoir impérial engage un troisième procès contre l’Internationale. Fin avril, Varlin, menacé d’arrestation, doit se réfugier en Belgique. Il est condamné à un an de prison le 8 juillet. Il rentre en France après la proclamation de la République le 4 septembre.
L’Internationale a été désorganisée par la guerre franco-prussienne. Avec Benoit Malon, Varlin essaye d’en renouer les fils et de préciser la position de l’organisation face à la situation nouvelle : Par tous les moyens possibles, nous concourrons à la défense nationale qui est la chose capitale du moment. Depuis la proclamation de la République, l’épouvantable guerre actuelle a pris une autre signification ; elle est maintenant le duel à mort entre le monarchisme féodal et la démocratie républicaine… Notre révolution à nous n’est pas encore faite et nous la ferons lorsque, débarrassés de l’invasion, nous jetterons révolutionnairement, les fondements de la sociétaire égalitaire que nous voulons.
Varlin fait partie du Comité central provisoire des vingt arrondissements qui regroupe les comités de vigilance et a son siège à la Corderie. Il s’est engagé dans le 193e bataillon de la Garde nationale dont il a été élu commandant. Il en est révoqué après la journée révolutionnaire du 31 octobre. Le 15 mars 1871, il devient membre du Comité central.
Le 18 mars 1871, premier jour de la Commune, il occupe, avec son bataillon, l’état-major de la Garde nationale, place Vendôme.
Élu et martyr de la Commune.
Eugène Varlin est élu membre de la Commune dans le VIe arrondissement le 26 mars 1871. Il est successivement membre des commissions des Finances, des Subsistances et à l’Intendance. Opposé à la création du Comité de Salut public, il signe le 15 mai la déclaration de la minorité qui affirme : La Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature.
Pendant la semaine sanglante, il se bat sur les barricades dans les VIe,Ve et XIe arrondissements. Il remplace Delescluze, tué sur une barricade, comme délégué civil à la guerre. Le 26 mai, il tente de s’opposer, sans succès, à l’exécution des otages, rue Haxo. Le 28 mai, vers midi, il combat, avec Jean-Baptiste Clément et Ferré sur la barricade de la rue de la Fontaine-au-Roi, l’une des dernières de la Commune.
Dans l’après-midi, épuisé, il se repose sur un banc, rue Lafayette, près de la place Cadet. Reconnu par un prêtre en civil, il est arrêté et emmené sous les injures et les coups des « amis de l’ordre,= » dans le XVIIIe arrondissement. Brièvement interrogé, il décline son identité, mais refuse d’en dire davantage. Défiguré par les coups, un oeil pendant hors de l’orbite, ses bourreaux l’assoient sur une chaise pour le fusiller. Varlin fait face avec courage au peloton d’exécution. Il meurt en criant : Vive la République ! Vive la Commune ! Le lieutenant Sicre, qui l’avait arrêté, lui dérobe la montre offerte par ses collègues relieurs en 1864. Il la présentera comme trophée dans les soirées mondaines auxquelles il est invité.
Eugène Varlin est l’un des personnages les plus emblématiques de la Commune. Il a laissé l’image d’un militant sincère, irréprochable, fidèle jusqu’à sa mort héroïque, à ses idéaux de justice sociale, d’internationalisme et de liberté. Cent quarante après sa mort, il est un exemple et une référence pour celles et ceux qui luttent pour les mêmes idéaux.
YVES LENOIR
Sources : Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Editions de l’Atelier ; Eugène Varlin, chronique d’un espoir assassiné, Michel Cordillot, Les éditions ouvrières, 1991

Célestin Freinet 1896-1966

Célestin Baptistin Freinet est un pédagogue français, né le 16 octobre 1896 à Gars dans les Alpes-Maritimes, mort le 8 octobre 1966 à Vence dans les Alpes-Maritimes.
D’abord au Bar-sur-Loup, puis surtout à Vence, il développe avec l’aide de sa femme Élise Freinet, et en collaboration avec un réseau d’instituteurs, toute une série de techniques pédagogiques, basée sur l’expression libre des enfants : texte libre, dessin libre, correspondance interscolaire, imprimerie et journal scolaire, enquêtes, réunion de coopérative etc. Militant engagé, politiquement et syndicalement, en une époque marquée par de forts conflits idéologiques, il conçoit l’éducation comme un moyen de progrès et d’émancipation politique et citoyenne.
Son nom reste attaché à la pédagogie Freinet qui se perpétue de nos jours notamment via le Mouvement de l’École moderne. Tandis que certaines techniques développées par Freinet ont pénétré l’institution scolaire, elles ont également pu inspirer la Pédagogie institutionnelle et des approches plus libertaires, autogestionnaires. L’École Freinet, de Vence, devenue publique en 1991 est classée au patrimoine de l’UNESCO.
Quelques dates importantes de l’itinéraire de Célestin Freinet et du Mouvement qu’il a initié
http://www.icem-pedagogie-freinet.org/celestin-freinet-et-son-mouvement
1918 : Après la première guerre mondiale, nombreux sont les enseignants pacifistes marqués dans leur chair et dans leur conscience. Syndicalistes révolutionnaires regroupés dans la Fédération des Membres de l’Enseignement, ils luttent pour que ne se reproduise plus la tuerie de 14-18, pour mettre fin à l’exploitation capitaliste et construire une société plus juste et plus humaine. Au sein de la commission pédagogique et dans leur revue “l’École Émancipée” ils réfléchissent aux moyens de promouvoir une pédagogie populaire par “l’École Active” et “les centres d’intérêt”...
Leurs regards se tournent vers les grands anciens (Rabelais, Rousseau, Pestalozzi ...), vers les expériences d’avant 1914 comme celles de Paul Robin à l’orphelinat public de Cempuis dans l’Oise (Enseignement intégral), de Francisco Ferrer et son « Escuela Moderna » en Espagne (Enseignement rationaliste), et de Sébastien Faure à « La Ruche » près de Rambouillet (Enseignement libertaire). Aussi vers les expériences d’Ecole nouvelle de Faria de Vasconcellos près de Bruxelles et de Kirchstensteiner en Allemagne. Ils s’intéressent aussi de près aux expériences des années 20 en Suisse (A. Ferrière), en Belgique (O. Decroly), en Italie (M. Montessori), aux USA (J. Dewey, plan Dalton), en Allemagne ... et bien sûr aux pédagogues prolétariens de l’École du Travail de la jeune URSS (Pistrak, Blonskij, Kroupskaïa ...).
- Célestin FREINET naît le 15 octobre 1896 dans une famille modeste à Gars dans les Alpes-Maritimes. Entré à l’École Normale d’Instituteurs de Nice en 1912, il en sort pour être mobilisé en 1915. Jeune officier, il est grièvement blessé au poumon par balle en octobre 1917 au Chemin des Dames.
1920 : Après une longue convalescence, il est nommé au Bar-sur-Loup en janvier 1920 où il restera pendant 8 ans. Passionné par son métier et désireux de changer l’école, Freinet profite de ses congés et rencontre d’autres pédagogues (Hambourg en 1922, Montreux en 1923, URSS en 1925). Il collabore à des revues d’avant-garde (« Clarté », « l’École émancipée »), milite sur le plan syndical et politique et participe à de nombreuses œuvres coopératives (« Abeille baroise »).
1924 : Il introduit une imprimerie dans sa modeste classe rurale et rend compte de ses expériences dans diverses revues.
1926 : Il entreprend une correspondance interscolaire régulière avec René Daniel et sa classe de St-Philibert-en-Trégunc dans le Finistère, puis lance une “Coopérative d’Entr’aide pédagogique” avec une revue “l’Imprimerie à l’École”, mettant en place un réseau des “Livres de Vie” composés et imprimés par les écoles travaillant à l’imprimerie. Il épouse Élise Lagier-Bruno, institutrice et artiste (prix Gustave Doré de la gravure en 1927).
1927 : En août, à l’issue du Congrès syndical de la Fédération de l’Enseignement (CGTU) à Tours, se tient le premier Congrès international de l’Imprimerie à l’École avec la présence de la majorité des 40 premiers adhérents actifs, dont un délégué du Ministère de l’Instruction Publique espagnole. En octobre, sous l’impulsion de Rémy Boyau et d’instituteurs girondins, est fondée la Société “Cinémathèque Coopérative de l’Enseignement laïc” qui assure prêts et vente de films, projecteurs, caméras et envisage la production de films pédagogiques.
1928 : Au second congrès à Paris, les activités de l’imprimerie et de la radio fusionnent avec celles du cinéma au sein de la Société “Coopérative de l’Enseignement Laïc” (C.E.L.) dont la revue est “l’Imprimerie à l’École”. De “l’unité de l’enseignement” aux “méthodes naturelles d’apprentissage”, les adhérents de la CEL approfondissent techniques et méthodes nouvelles, et par souci de matérialisme pédagogique vont éditer les “Enfantines”, les “Fichiers Scolaires Coopératifs”.
Célestin et Élise Freinet sont nommés à Saint-Paul (de Vence) à la rentrée scolaire.
1932 : En février 1932, Freinet crée une brochure documentaire pour les enfants : la “Bibliothèque de Travail” (B.T.). En octobre 1932, la revue “l’Imprimerie à l’École” devient “l’Éducateur Prolétarien”. La CEL produit un court-métrage engagé “Prix et profits” réalisé par Yves Allégret avec les frères Prévert comme acteurs…
1932-1934 : En pleine montée du fascisme et du nazisme en Europe, le Mouvement de l’Imprimerie à l’école et son leader Freinet vont être la cible de violentes attaques de l’extrême droite. Charles Maurras lance une vaste campagne contre Freinet dans « l’Action Française ». À 37 ans, Freinet quitte l’Éducation Nationale !
1935 : Célestin et Élise Freinet ouvrent une école privée “prolétarienne” avec internat à Vence. Pendant le Front Populaire, Freinet propose un “Front de l’Enfance” que préside Romain Rolland, et s’adresse aux parents pour promouvoir l’éducation populaire. Il lance les Brochures d’Éducation Nouvelle Populaires (BENP).
1937 : Son école accueille de nombreux enfants victimes de la guerre civile en Espagne. Une école “Célestin Freinet” est ouverte à Barcelone par la Généralité de Catalogne.
1939-1944 : Pendant la seconde guerre mondiale, les activités du Mouvement Freinet sont interrompues. Freinet est arrêté, interné dans plusieurs camps, puis assigné en résidence dans les Hautes-Alpes. L’école de Vence est fermée et saccagée. Des adhérents de la CEL subiront la déportation et périront (Bourguignon, Torcatis, Boubou, Varenne, Ballon).
1945 : À la Libération, Freinet anime le Comité Départemental de Libération à Gap et s’occupe d’enfants victimes de la guerre. La CEL redémarre et s’installe à Cannes. “l’Éducateur” reparaît dès 1945 et l’école de Vence peut rouvrir.
1947 : Le Mouvement Freinet se développe rapidement, s’organisant en 1947 en Institut Coopératif de l’École Moderne (ICEM). Face aux calomnies lancées contre lui par le PCF, Freinet et Élise quittent le Parti en 1948 après 22 ans d’adhésion.
1949 : C’est la sortie du film “L’École buissonnière” de J.P. Le Chanois, sur un scénario d’Élise Freinet, consacré au Freinet novateur et à l’affaire de Saint-Paul. Ce film populaire sera un succès et aura un énorme retentissement. C’est aussi l’année où paraît le livre “Naissance d’une pédagogie populaire” d’Élise Freinet.
1950-1954 : Une campagne virulente des staliniens contre Freinet tente sans succès de déstabiliser l’ICEM et la CEL.
1957 : La FIMEM (Fédération Internationale des Mouvements d’École Moderne) est créée, regroupant les Mouvements de dix pays et consacrant le rayonnement international de la pédagogie Freinet. De nouvelles revues : “Art enfantin” en 1950, “Techniques de vie” en 1959, “l’Éducateur second degré” en 1963, et bien d’autres ... vont voir le jour.
1964 : L’école Freinet est reconnue comme école expérimentale, et ses enseignants pris en charge par le ministère de l’Éducation Nationale. Sa renommée attire de nombreux stagiaires et visiteurs du monde entier, et tous les étés s’y déroulent des rencontres appelées “journées de Vence” avec la participation de personnalités et de chercheurs du monde de l’éducation.
1966 : L’itinéraire de Freinet se poursuit jusqu’à sa disparition à 70 ans en 1966, sous le signe des méthodes naturelles et du tâtonnement expérimental, mais aussi des combats sur les conditions de travail ( 25 élèves par classe dès 1953 !) la défense de l’enfance et ... de la paix.
Élise Freinet continuera leur œuvre et assurera la gestion de l’école jusqu’à son décès en 1981. Leur fille Madeleine Bens-Freinet l’assumera jusqu’en 1991, date à laquelle l’école Freinet, rachetée par l’État, devient école publique d’État et fait aujourd’hui partie du patrimoine, avec de sérieuses garanties de reconnaissance de l’œuvre de Célestin et Élise Freinet.
1968 : Le Mouvement Freinet continue de poursuivre son chemin, et L’ICEM adopte à pâques 1968 “la Charte de l’École Moderne”.

1978 : Dynamisé par mai 68, L’ICEM pédagogie Freinet publie les “Perspectives d’Éducation Populaire” (PEP) en 1978.
1986 : Le contexte économique ne laisse guère de place aux structures coopératives et la CEL doit déposer son bilan, mais redémarre avec la S.A. des PEMF (Publications de l’École Moderne Française).
1996 : L’UNESCO rend un hommage solennel à Freinet à l’occasion de la célébration de son Centenaire, accueillant 49 délégations d’enfants venus du monde entier et pratiquant la pédagogie Freinet.
La Commission Européenne, la Présidence de la République et le Ministère de l’Éducation parrainent cette manifestation.
De nos jours : Les classes coopératives de l’École Moderne fonctionnent toujours avec les techniques de l’expression libre et du journal scolaire, de la correspondance interscolaire et des réseaux, avec l’apport des techniques modernes que sont l’informatique, le minitel, le fax, la vidéo, l’Internet ... Comme à ses origines, un même espoir en la liberté de l’enfant et en l’Homme anime les enseignants de l’ICEM, convaincus que la pédagogie de Freinet, vivante et généreuse, est porteuse d’une éducation populaire synonyme d’espoir et de modernité pour le 21ème siècle.

Germaine Tortel 1896_1975

Germaine Denise Tortel, née le 4 octobre 1896 à Lyon, ville où elle est morte le 12 mai 1975, est une pédagogue française et créatrice de la pédagogie de l’Initiation qui s’est particulièrement intéressée au dessin d’enfant.
Germaine Tortel est née à Lyon en 18962. Elle est élève de l’école normale d’institutrices de Lyon (1913-1916), puis enseigne dans le département du Rhône (1916-1932). Elle devient inspectrice de l’enseignement élémentaire et des écoles maternelles, dans la Nièvre et la Loire, puis elle est nommée à Paris en 1946, dans une circonscription maternelle, où elle reste jusqu’à sa retraite (1962). Elle est ensuite chargée du premier poste de recherche sur l’école maternelle créé à l’Institut national de Recherche pédagogique.
Comme le fit également Élise Freinet, créatrice de l’idée d’Art enfantin, elle a porté un regard neuf sur les productions des enfants et en particulier sur le dessin. Elle a créé un centre de documentation sur ce sujet. La création plastique est, pour elle, un moyen d’apprentissage qui permet de comprendre le monde3.
Elle a travaillé en relation avec des médecins, des psychologues et des psychiatres : Eugène Minkowski, René Diatkine, René Zazzo, Serge Lebovici et notamment Mária Török qui lui a consacré un ouvrage intitulé La Pédagogie non-directive de Germaine Tortel (1960).
Après sa mort est créée en 1977 l’association Germaine Tortel4.
Le Musée national de l’Education à Rouen conserve un fonds important d’oeuvres et documents de sa pédagogie.

La pédagogie d’initiation, une pédagogie humaniste pour aujourd’hui et pour demain
http://www.pedagogie-tortel.org/tortel.php
La pédagogie d’initiation se propose la formation d’un être libre, autonome, conscient et responsable, elle souhaite la participation de l’enfant à sa propre culture.
Elle est fondée sur l’expression et l’écoute de l’enfant, l’accueil toujours valorisant de sa parole et de ses premières productions, aimées dès le départ, au sein d’un groupe classe fortement uni par un projet commun issu de ses intérêts propres, donc fortement motivant, capable de mobiliser et libérer en chacun des forces insoupçonnées.
Elle s’adresse à l’être total de l’enfant, affectif, social, intellectuel, en vue d’un éveil à la Conscience, dans le respect de soi, de l’autre et du monde qui l’entoure, en vue de rejoindre les grandes valeurs humaines universelles.
La dialectique pratiquée permet à chacun de se révéler, de s’enrichir au sein du groupe, l’incite à des efforts de réflexion, de concentration et de dépassement de soi, afin de progresser dans le développement de sa pensée et de tout son être.
Ses innovations
Beaucoup d’entre elles font aujourd’hui partie intégrante du quotidien dans les classes, d’autres restent encore cependant à développer.
• Pédagogie de l’expression et de la prise de conscience.
• Pédagogie du projet.
• Pratique d’une dialectique éducative au sein du groupe classe :
- les enfants ont la parole ;
- écoute de l’enfant ;
- appel à une expression personnelle motivée : verbale, plastique, corporelle.
• Importance donnée à l’Art et à l’imaginaire :
- apports culturels de qualité ;
- approche : des grandes œuvres, de la grande musique, des beaux textes ;
- grande place donnée au dessin : appel à l’ampleur du geste, appel au grand format, libération du lyrisme enfantin, richesse et diversité des techniques et matériaux offerts à la création, apparition du dessin collectif.
• Ouverture de l’école :
- sur la vie : découverte du milieu proche et plus lointain (promenades, voyages, etc.), une création originale (la classe cuisine, ambiance familiale retrouvée), l’anniversaire à l’école avec signification de la fête ;
- aux parents : les familles sont appelées à participer ;
- aux autres professionnels : médecins, chercheurs .
• Le psychologue entre à l’école.

Mohammed Harbi, né en 1933
Mohammed Harbi (1933, El Harrouch) est un ancien haut fonctionnaire, historien et universitaire algérien, spécialiste de la vie politique et de l’histoire de l’Algérie, ancien membre du FLN.
Il est né en 1933 à El Harrouch, dans la région de Skikda, en Algérie.
Durant la guerre d’Algérie, il exerce d’importantes responsabilités au sein du FLN, notamment comme ambassadeur en Guinée (1960-1961) puis secrétaire général du ministère des Affaires étrangères (de septembre 1961 à septembre 1962). Il a participé aux premières négociations des accords d’Évian. Il est notamment le contact entre le FLN et le Parti communiste internationaliste (PCI, trotskiste pabliste)1.
Il fut un collaborateur du vice-président du GPRA, Belkacem Krim.
Conseiller de Ahmed Ben Bella, il est emprisonné en 1965 après le coup d’État de Houari Boumédiène jusqu’en 1968. En 1971, il est mis en résidence surveillée et interdit de séjour dans les grandes villes. Il s’évade et rejoint la France en 1973.
Il est l’un des premiers historiens à décrire le fonctionnement du FLN de lintérieur dans son livre Aux origines du FLN. Le populisme révolutionnaire en Algérie (1975). Il y dévoile notamment le fossé entre les idéaux de certains de ses membres et les méthodes adoptées par le parti nationaliste : « nos idéaux étaient en contradiction avec les moyens qu’imposaient nos dirigeants pour les faire triompher. Libertaire de conviction, [...] je me retrouvais dans une organisation où l’autoritarisme plébéien inculquait à chacun que le mal se convertit en bien sitôt qu’il se fait au nom de la révolution. Je souffrais du recours à des pratiques telles que l’égorgement, les mutilations (nez ou oreilles coupées) et du discrédit que les tueries faisaient peser sur nous... »2.
Il devient enseignant de sociologie et d’histoire à l’université de Paris VIII (1975-1978), à Paris-V (1976-1980) et Paris-VII (1985-1989). Il est maître de conférences puis professeur à l’université Paris-VIII et est actuellement professeur émérite. Il ne retourne en Algérie qu’en 19913.
Mohammed Harbi est l’auteur de nombreux ouvrages de référence sur l’histoire de la « révolution algérienne ». Il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009.
Mohamed Harbi, ancien militant du FLN
Le Monde.fr Le 19.03.2012

Né en 1933 dans une famille de notables algériens, Mohammed Harbi a été acteur de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Un engagement dans le mouvement national né dans l’ambiance créée par les événements de mai 1945 en Algérie : les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, villes du Constantinois, victimes d’une répression sanglante après des émeutes populaires.
Il s’engage très tôt au sein du Parti du peuple algérien (PPA), fondé en France en 1937 par Messali Hadj, au sein duquel il a très vite des responsabilités. Dès 1953, il milite en France au sein de l’Association des étudiants musulmans d’Afrique du nord. Après la scission du PPA, qui va donner naissance au Front de libération nationale (FLN), il va exercer des responsabilités au sein du mouvement. D’abord en France, où il sera dès 1957, à 24 ans, le dirigeant de la Fédération de France du FLN chargé de la presse et de l’information.
Mohammed Harbi participe aux premières négociations des accords d’Evian. Après l’indépendance en 1962, il devient conseiller du président Ben Bella. Mais, après le coup d’Etat de Houari Boumediene, il est emprisonné en 1965.
En 1973, il rejoint la France. Historien, il enseigne à l’université Paris VIII et est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’Algérie, dont la Guerre d’Algérie en collaboration avec Benjamin Stora, aux éditions Robert Laffont, 2004.
témoignage de Mohammed Harbi dans le Hors-série du Monde : "Guerre d’Algérie. Mémoires parallèles"

Mohammed Harbi, citoyenneté et histoire, national et universel
Gilbert MEYNIER
On peut certes être un citoyen sans être un historien. En revanche, on ne peut à mon sens être historien sans être citoyen. En effet, la volonté sans concession de comprendre et d’éclairer le passé se déduit souvent de l’engagement au présent dans la vie de la Cité. C’est, d’une part, la raison pour laquelle Mohammed Harbi a dû, contraint et forcé, se résigner à devoir vivre dans la froideur de l’exil tant l’expérience lui avait prouvé qu’il lui était difficile de vivre et travailler dans le libre épanouissement dans son pays. C’est d’autre part, aussi, la raison pour laquelle, dans le champ historien comme dans le champ citoyen, Mohammed Harbi s’est toujours situé du côté de l’analyse et de la réflexion, contre celui de l’instinct et du réflexe. Son camp est bien celui des vrais intellectuels, lesquels ne peuvent être que de vrais citoyens, aux antipodes des forteresses investies par les croyants irraisonnés.
Lire la suite sur : http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2006/06/18/2112428.html
Mohammed Harbi, un combattant de la démocratie et de l’autogestion
Publié le 28 novembre 2012 par Robi Morder

Mohammed Harbi est né en 1933 à El Harrouch (Skikda). Il s’engage dès l’âge de 15 ans dans le combat contre le colonalisme et pour l’indépendance de l’Algérie. D’abord au PPA-MTLD, il est un responsable de l’organisation des étudiants nord-africains en France, puis membre de la direction de la Fédération de France du FLN où il s’occupe de la presse et de l’information. C’est en France qu’il a l’occasion de rencontrer des militants ouvriers et intellectuels comme Daniel Guérin (qui dans Ci-git le colonialisme confirme que Mohammed Harbi est le rédacteur du texte de la Fédération de France sur le FLN, « le PCF et la question algérienne » paru dans Quatrième internationale en 1958). Il participe aux premières négociations d’Evian et, après l’indépendance, conseiller de la présidence sous Ben Bella. Dans Une vie debout, il retrace cet itinéraire, jusqu’en 1962 pour le premier volume (le deuxième est en chantier). Après l’indépendance il s’affirme comme un des penseurs et praticiens de l’autogestion, qui se heurte à une bonne part de l’appareil politico-administratif et militaire. Il participe à la rédaction du programme de Tripoli, dirige le journal Révolution africaine, est conseiller auprès de la présidence sous Ben Bella, et plus particulièrement anime avec d’autres (dont Michel Pablo – Raptis) le bureau national d’animation du secteur socialiste. Arrêté en 1965 au moment du coup d’Etat de Boumedienne, il est emprisonné, puis placé en résidence surveillée. Il s’évade en 1973 (Ben Bella restera en prison jusqu’en 1980). Avec Hocine Zaouane, libéré au même moment, il portait le projet de constitution d’une gauche du FLN. Ils sont enfin libres de s’exprimer en public, et ils annoncent leur programme depuis Rome.
C’est en exil en France que Mohammed Harbi reprend des études d’histoire et langues orientales et devient l’un des principaux historiens de l’Algérie contemporaine s’appuyant sur une approche sociologique des groupes sociaux et des classes, des pratiques qui lui permet de saisir les obstacles concrètement dressés face aux dynamiques autogestionnaires. Mais ses recherches ne l’ont pas retiré des combats pour la démocratie. Pour reprendre l’expression de Paul Bouchet sur ce type d’acteurs de l’histoire, Mohammed Harbi n’est pas un « ancien combattant », c’est un vieux lutteur.
Pour aller plus loin :
– entretiens et conférences filmées
Entretien avec Mohammed Harbi sur TV5 (29 décembre 2009) http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Independances-afrique-cinquantenaire-2010/p-6151-Entretien-avec-Mohammed-Harbi.htm
Colloque international sur Messali Hadj. Tlemcen : 16 –18 septembre 2011. Partie 3, , intervention Mohammed Harbi. http://www.youtube.com/watch?v=2uZNtqGD5B8
Université de tous les savoirs. Bilan d’une guerre d’indépendance, 14 mars 2012. http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/bilan_d_une_guerre_d_independance.1268
Mohammed Harbi. Algérie : approches historiques du FLN. D’une génération à l’autre, controverse. IREMMO, Paris. http://vimeo.com/34843246
Autour de Pierre Bourdieu et de la rencontre de l’Ethnologie et de la Sociologie, Bourdieu et l’Algérie des années 60 (2011) Institut du Monde Arabe, http://www.archivesaudiovisuelles.fr/FR/_video.asp?id=108&ress=579&video=5525&format=68


Les Cahiers de Mai
Les Cahiers de Mai sont une revue créée immédiatement après les événements de mai 1968 et publiée jusqu’en 1974.
Les participants sont d’origine politiques diverses : PCF (Daniel Anselme), CGT (amenés par le menuisier H. Fournié), ancienne gauche syndicale (Jean-Marcel Bouguereau, Marc Kravetz, Jean-Louis Peninou), PSU (Fromentin, Lichtenberger), communisme libertaire (Daniel Colson et Jacques Wajnsztejn), maoïsme aussi (Daniel Lindenberg, Queysanne).
Le premier numéro de la revue paraît le 15 juin 68 avec pour thème « la Commune de Nantes ». La parution est bi-hebdomadaire jusqu’au n° 7 puis mensuelle jusqu’en 1974.
Le tirage de la revue oscille entre 17000 et 20000 exemplaires.
Une approche en terme d’enquête
Les Cahiers de Mai cherchent à développer une pratique particulière basée sur l’enquête ouvrière. Elle se distingue de celle entreprise de l’autre côté des Alpes avec les Quaderni Rossi, par le fait que l’enquête est menée directement à partir du mouvement social lui-même et non à partir d’une analyse des transformations du capital.
« Le rôle politique de l’enquête », article publié en juillet 1970 dans le n° 22, propose une analyse de la conception des Cahiers de Mai. Elle se définit en opposition avec l’enquête de la sociologie industrielle qui est en plein développement. Il s’agit de placer l’enquête sous la direction ou au moins le contrôle des travailleurs. L’enquête sert à faire ressortir l’expérience ouvrière tout en faisant apparaître les idées nouvelles. Elle joue le rôle politique de la reformation de la classe ouvrière et œuvre à la réalisation de l’unité de la classe1. Cette unité est lente à se faire et les Cahiers de Mai auront tendance à encourager des regroupements par secteurs qui donneront lieu à des groupes et journaux comme Action-Cheminot et Action-PTT. Il s’agit aussi, même si c’est plus implicite, de faire un bilan des luttes et des transformations du capital. A la « communication verticale » des syndicats qui laisse peu d’autonomie à la base, les Cahiers de Mai opposent une liaison horizontale, à la base comme ils tenteront de la mettre en place, par exemple, pendant les grèves d’OS à Berliet Lyon avec la rédaction d’un texte par les travailleurs des ateliers en grève2 et au cours de la grève de Pennaroya de 1972, entre les différentes usines du groupe3, toutes plus ou moins en grève.
Un autre point de l’intervention du groupe est directement lié à un des échecs du mouvement de mai avec la difficulté qu’il y a eu à relier la lutte de ceux qui étaient à l’extérieur des entreprises et ceux qui étaient à l’intérieur. Les comités étudiants-travailleurs ont représenté une tentative de réponse à chaud à ce problème, mais ils ont eu une efficacité limitée et surtout, ils ont disparu ou sont en sommeil. Quant à « l’établissement » des militants extérieurs, les Cahiers de Mai s’y refusent car ils trouvent cette pratique en vogue (au sein des groupes maoïstes) artificielle. La pratique de l’enquête ne va pas de soi et les débats sont vifs, au sein même du groupe, entre ceux, majoritaires, qui voient dans l’enquête la base même de la dynamique, à condition que l’enquête soit réussie évidemment, c’est-à-dire que son utilisation dans l’usine fasse bouger les choses et ceux, minoritaires, qui parlent en termes de formation politique qui seule pourra permettre aux ouvriers les plus combatifs de résister et aux pressions patronales et aux récupérations syndicales ou gauchistes4. En fait, la revue mène une sévère critique contre la théorie de l’avant-garde et de la conscience de classe importée de l’extérieur. Les groupes extérieurs sont critiqués parce qu’ils cherchent à apporter une dimension politique qui n’existerait pas dans la lutte elle-même. La revue essaie de s’en tenir à une ligne claire de démarcation de classe : « Qui parle et au nom de qui ? »5. Mais cette ligne qui relève d’une vision de la pure autonomie de la classe en lutte bute sur le fait que le capitalisme est un rapport social de dépendance entre deux classes certes antagonistes, mais aussi liées. D’où le rôle des syndicats, d’où l’ambiguïté de la revue à leur égard. Elle bute aussi sur le fait que Mai 68 exprime en partie une crise de la théorie du prolétariat et une remise en cause du rôle moteur de la classe ouvrière dans le processus de lutte contre un système qui est de plus en plus ressenti comme un système de domination et non pas simplement ou essentiellement d’exploitation. Cette crise sera manifeste après Lip et fatale aux Cahiers de Mai qui sont dissous en 1974.
Les Cahiers de Mai et la révolte des OS (Pennaroya, ..).
http://autogestions.over-blog.com/article-les-cahiers-de-mai-et-la-revolte-des-os-pennaroya-77534606.html
Publié le 23 juin 2011 par Mae Bat
Pennaroya, le Joint Français, Renault Billancourt, quelques noms d’entreprises et de conflits autour desquels vont s’articuler la révolte des OS et il me semble que de témoignage reconnu de ces vies en entreprise, du croisement d’avec une génération d’universitaire, il nous reste le livre d’un "mao", Robert Linhart "l’établi" (Ed de Minuit).
L’expérience des "Cahiers de Mai" reste moins connue pour cause d’hétérodoxie de son équipe, d’absence de filiation revendiquée, elle peut encore être rapprochée du travail mené par ICO (Information et correspondance ouvrière) par certains aspects, sans doute pas par l’effondrement dans l’activisme.
Mais c’est bien dans ce qui rapproche ces deux expériences que l’on peut aujourd’hui trouver un intérêt à ces histoires militantes, comment peut s’articuler l’intervention militante avec une démarche respectueuse de l’autonomie ouvrière.
L’article de Gérard Vindt dans le mensuel "Alternatives Economiques" permet de mieux comprendre encore l’actualité des combats de l’époque en terme de questions sociales. Les politiques d’immigration conduites par le patronat ont un rôle essentiel dans la constitution de cette catégorie d’OS après qu’ait été absorbé le mouvement de population consécutif à l’exode des campagnes. Ce choix de l’immigration jouera contre les salaires mais aussi contre la santé des travailleurs (la question de l’exposition au plomb à la Pennaroya) et plus encore en faisant prévaloir le choix du travail éclaté contre les qualifications requises par l’emploi professionnel, elle conduira enfin à la perte de compétitivité et à la désindustrialisation. Mais l’intérêt de l’article est de relever encore - et donc en perspective des luttes à mener - à travers les évolutions du management taylorien (zéro stock ..), les évolutions des outils de production, le lien entre les victimes du "travail éclaté", les OS, et les modernes opérateurs dont l’illusoire autonomie, et d’abord à l’égard du travail d’équipe, est cause des suicides constatés à Orange, Renault, .. M.B.

"... Les Cahiers de mai qui naissent justement pendant le mouvement [de Mai 1968], vont développer une pratique particulière basée sur l’enquête ouvrière. Elle se distingue de celle entre¬prise de l’autre côté des Alpes avec les Quaderni Rossi, par le fait que l’enquête est menée directement à partir du mouvement social lui-même et non à partir d’une analyse des transformations du capital. « Le rôle politique de l’enquête », article publié en juillet 1970 dans le n°22, propose une analyse de la conception des Cahiers de Mai. Elle se définit en opposition avec l’enquête de la sociologie industrielle qui est en plein développement. Il s’agit de placer l’enquête sous la direction ou au moins le contrôle des travailleurs. L’enquête sert à faire ressortir l’expérience ouvrière tout en faisant apparaître les idées nouvelles.
Elle joue le rôle politique de la reformation de la classe ouvrière et œuvre à la réalisation de l’unité de la classe. Cette unité est lente à se faire et Les Cahiers de Mai auront tendance à encourager des regroupements par secteurs qui donneront lieu à des groupes et journaux comme Action-Cheminot et Action-PTT. Il s’agit aussi, même si c’est plus implicite, de faire un bilan des luttes et des transformations du capital. A la « communication verticale » des syndicats qui laisse peu d’autonomie à la base, Les Cahiers de Mai opposent une liaison horizontale, à la base comme ils tenteront de la mettre en place, par exemple, pendant les grèves d’OS à Berliet Lyon avec la rédaction d’un texte par les travailleurs des ateliers en grève et au cours de la grève de Pennaroya de 1972, entre les différentes usines du groupe, toutes plus ou moins en grève ...
La pratique de l’enquête ne va pas de soi et les débats sont vifs, au sein même du groupe, entre ceux, majoritaires, qui voient dans l’enquête la base même de la dynamique, à condi-tion que l’enquête soit réussie évidemment, c’est-à-dire que son utilisation dans l’usine fasse bouger les choses et ceux, minoritaires, qui parlent en termes de formation politique qui seule pourra permettre aux ouvriers les plus combatifs de résister et aux pressions patronales et aux récupérations syndicales ou gauchistes. En fait, la revue mène une sévère critique contre la théorie de l’avant-garde et de la conscience de classe importée de l’extérieur. Les groupes extérieurs sont critiqués parce qu’ils cherchent à apporter une dimension politique qui n’existerait pas dans la lutte elle-même. (LIRE)

REBELLYON - Bilan critique de l’activité des "Cahiers de Mai" (14 Juin 2011)
Alternatives économiques - "1971 1973 La révolte des OS" (Juin 2011 n°303)


Buenaventura Durruti, 1896-1936

Buenaventura Durruti (14 juillet 1896 - 20 novembre 1936) fut une des figures principale de l’ anarchisme espagnol avant et pendant la guerre civile espagnole.
Fichier:Durutti b.jpg

Le 14 juillet 1896, dans la famille Durruti-Demange, à León (Espagne), naît Buenaventura.
A cette époque-là, en Espagne, le malaise est général. Les affrontements se multiplient entre les forces de l’ordre et les journaliers andalous, les mineurs asturiens, ou les ouvriers basques ou catalans. 1898 par ailleurs, marque l’effondrement de ce qu’il reste de l’empire colonial. En 1903, le père de Buenaventura est arrêté parce qu’il a participé à une grève et les représailles qui s’ensuivent touchent toute la famille. L’enfant continue tout de même à aller en classe jusqu’à 14 ans, âge où il entre comme apprenti mécanicien dans l’atelier de Melchor Martinez qui est considéré comme un révolutionnaire acharné parce qu’il lit El Socialista dans les bars.
En 1912, il adhère à l’Union des Métallurgistes, association liée à l’Union General de Trabajadores (UGT) , seul syndicat existant à León . Très vite, il commence à discuter et à se démarquer des dirigeants qui ne voient pas d’un très bon oeil ce qu’ils qualifient "d’impatience révolutionnaire" et qu’ils opposent à "l’opportunisme politique".
L’Espagne connaît alors une période d’essor industriel, mais aussi de mécontentement grandissant, de grèves continuelles. La vie des ouvriers devient de plus en plus difficile. Le gouvernement décide également de rétablir la censure. La CNT et l’UGT signent alors un accord où est annoncée la grève générale pour le 13 août 1917 qui dure quelques jours. A cette époque, Buenaventura Durruti se trouve à Matallana pour y installer des machines dans les mines. Il décide alors avec ses camarades d’être solidaire des grévistes et gagne ainsi une certaine popularité dans la région des Asturies et du Leon. Le gouvernement espagnol fit appel à l’armée pour faire cesser cette grève, ils tuèrent 70 personnes, blessèrent plus de 500 travailleurs et 2000 grévistes furent enprisonnés sans procès légal. L’armée avait, d’après un observateur : « Sauvé le pays ». Finalement Durruti est licencié et expulsé de l’Union Métallurgiste. Durruti s’enfuit en France.
La découverte de l’anarchisme
Exilé à Gijon (Espagne) par la répression, il rencontre Manuel Buenacasa, qui l’initie aux théories anarchistes. Refusant le service militaire, il part pour Paris. Durant son exil jusqu’en 1920, Durruti travailla à Paris comme mécanicien.Il y rencontrera Sébastien Faure, Louis Lecoin et Émile Cottin. C’est avec eux qu’il découvre l’anarchie et il comprend qu’elle correspond au socialisme révolutionnaire qui est le sien.
L’engagement anarchiste
Durruti retourna à Barcelone et devint un militant influent à l’intérieur de deux des plus grandes organisations anarchistes d’Espagne à cet époque : la Confederación nacional del trabajo (CNT) et la Federación anarquista ibérica (FAI). Il refuse les responsabilités que lui propose le Comité de la CNT, pour lui : "L’important n’est pas le poste de responsable. L’important c’est la vigilance de la base pour obliger ceux d’en haut à faire leur devoir sans tomber dans la bureaucratie."
En Espagne, l’agitation sociale se poursuit : contre la montée en force du syndicalisme, c’est l’escalade de la répression, des arrestations, du "pistolerismo" officiel et du cynisme de la fameuse "ley de fugas". C’est alors que se forme le groupe anarchiste "Los Justicieros" avec la participation de Durruti. Il projette un attentat contre le roi Alphonse XIII, mais les préparatifs sont découverts et on attribue le complot à Durruti. Il s’enfuit alors avec ses camarades vers Barcelone, il s’arrête à Saragosse, région de forte tradition anarchiste où règne à ce moment-là une relative tranquillité qui va bientôt disparaître. Lors de la clôture de la Conférence des Syndicats de Saragosse, Salvador Segui accuse publiquement le gouvernement du terrorisme existant dans le pays. Francisco Ascaso que la pression populaire a réussi à faire libérer de prison peut alors rencontrer Durruti.
Fin 1922, face au système de répression aveugle et systématique de la part du gouvernement, ils décident de constituer un nouveau groupe : "Los Solidarios" dans le but est de faire face à la violence du "pistolerismo" et de soutenir la structure de la CNT dans une perspective anarchiste. Durruti est en prison à Madrid lorsque se produisent les attentats de mai et juin 1923 où trouvent la mort le gouverneur Regueral à Saint Sébastien et le cardinal Soldevila à Saragosse, des attentats qui viennent en réponse aux assassinats de Salvador Ségui et Francisco Comas.
L’exil
A partir de ce moment, la vie de Durruti et Ascaso devient un incessant aller et retour entre Espagne et pays étrangers. Au début de la dictature de Miguel Primo de Rivera, ils s’enfuient tous deux en France où ils fréquentent les milieux anarchistes. Ils partent ensuite pour l’Amérique : Cuba, Mexique, Chili, Argentine ... Là, ils se font connaître sous le nom de "Los Errantes". Recherchés par la police après un hold-up dans une banque, ils se réfugient en Uruguay dans le but de regagner la France, ce qui est fait en mai 1926.
Comme on annonce à Paris la visite d’Alphonse XIII et de Miguel Primo de Rivera, ils veulent préparer un coup d’éclat, mais la police française intervient. Grâce aux interventions des infatigables Louis Lecoin, Sébastien Faure et l’avocat Henri Torres, et grâce aussi à la mobilisation des parisiens, Ascaso, Durruti et Jover retrouvent leur liberté le 14 juillet 1927 sous une condition : ils doivent quitter le territoire français dans un délai de deux semaines. C’est précisément au cours de ces quelques jours que Durruti rencontre Makhno. La police permet à Durruti et Ascaso à entrer clandestinement en Belgique. Ils restent quelque temps à Bruxelles, soutenus par Hem Day, jusqu’à ce que la police belge à son tour les fasse à repasser en France. Après une nouvelle expulsion, on les retrouve en Allemagne où ils rencontrent Augustin Souchy et Rudolf Rocker.
Ils reviennent finalement en Belgique à la faveur des nouvelles lois qui leur permettent de rester dans le pays à condition de changer de nom. Une nouvelle vie commence. Ils obtiennent du travail -Ascaso comme peintre et Durruti comme mécanicien-, ils retrouvent leurs compagnes, Berthe et Emilienne, se mettent aux études et Durruti s’occupe plus précisément du Comité Anarchiste International qui édite des publications intéressant le mouvement anarchiste en général.
Pendant ce temps, en Espagne, la dictature de Primo de Rivera est remplacée par celle moins stricte de Berenguer. La CNT reprend ses forces, les républicains accentuent leur pression. En décembre 1930, c’est l’insurrection de Jaca qui se termine par la condamnation à mort et l’exécution de ses deux instigateurs : Garcia Hernandez et Galan. Le 14 avril 1931, c’est l’enthousiasme général qui accueille la "Nina bonita"ou nouvelle république.
Durruti revient à Barcelone dès le 15 avril dans une ambiance de liesse. Mais, déjà le 1er mai, les travailleurs de la CNT sont victimes d’une provocation qui ne dégénère pas grâce en particulier au sang-froid de Durruti. Le 10 juin à Madrid débute le IIIème Congrès National de la CNT. Les positions radicalement différentes de Peiro et Pestana (proche du manifeste des trente) d’une part et de Durruti, Ascaso et Garcia Oliver d’autre part, sont inconciliables. En juillet, c’est la grève nationale de la Compagnie des Téléphones "La Telefonica", et son cortège d’arrestations, d’assassinats.
Lors de la Publication du Manifeste des Trente, la presse bourgeoise qui le reproduit intégralement en profite pour qualifier les anarchistes de "bandits avec la carte de la CNT". Durruti participe constamment à des meetings, des assemblées, des réunions. A Leon, il subit un chantage pour l’empêcher de prendre la parole lors d’un meeting et finalement il reçoit une somme d’argent comme indemnité de son licenciement de 1917 !
En prenant comme prétexte de mettre fin à la rébellion de Figols, le 19 janvier 1932, le gouvernement envoie quelques 110 militants de la CNT dans le bateau-prison "Buenos Aires" qui met le cap sur l’Afrique dans une "traversée" qui va durer presque neuf mois.
A leur retour à Barcelone, Ascaso, Durruti et Cano Ruiz -les trois derniers à être libérés- peuvent constater que malgré tout, la CNT est passée de 800 000 à presque 1 200 000 adhérents. L’activité militante est incessante.
Le groupe "Nosotros" avec Ascaso, Durruti, Garcia Oliver, incarne le côté le plus dynamique de la CNT et de la FAI. Cependant, des mesures répressives sont instaurées par le Front Populaire : elles n’en sont que plus intolérables. Durruti proclame lors du meeting du 10 décembre 1932 :
Les républicains et les socialistes du gouvernement ont pensé que les hommes et les femmes qui militent et agissent dans les rangs de la CNT et de la FAI, sont un troupeau qu’ils dirigent et gouvernent depuis leurs partis. Et donc ils ont conclu que s’ils emprisonnaient quelques "chefs" et en en déportaient quelques autres, la CNT cesserait d’agir et qu’ils pourraient eux continuer à manger tranquillement dans les râteliers de l’Etat. Ils se sont trompés dans leurs calculs et ils ont ainsi une fois de plus démontré leur méconnaissance de la réalité sociale et de la raison d’être de l’anarchisme.
La guerre d’Espagne et la colonne Durruti.
La droite remporte sans surprise les élections en novembre 1933. Les syndicats savent déjà que le gouvernement va conserver la même ligne en la durcissant si possible, en utilisant des lois funestes comme celle du "vagabondage" (ley de vagos y maleantes) qui est maintenant applicable aux socialistes et autres militants de gauche. La CNT se prépare à résister à la répression qui va augmenter vertigineusement. Après les insurrections d’Aragon et des Asturies, en 1935, 30 000 personnes sont emprisonnées pour leurs opinions politiques. Les élections approchent. La CNT et la FAI organisent des meetings où participe Durruti récemment libéré de prison et où il proclame avec passion que l’Espagne est à la veille d’une révolution ou d’une guerre civile.
Nul besoin de rappeler les résultats de ces élections ni l’agitation qui s’en suit jusqu’au fatidique 18 juillet. Le 17 février 1936, le lendemain même des élections, Calvo Sotelo et le Général Franco se présentent devant Tortela Valladares -responsable du pouvoir selon la Constitution- pour exiger de lui qu’il décrète immédiatement l’état de siège.
Travaillant étroitement avec ses camarades, Durruti aida à la coordination de la résitance face à la rebellion militaire. Très vite la Colonne Durruti est créée. Elle part le 24 juillet avec ses 3000 hommes pour Zaragosse. La colonne Durruti, organisée à la hâte, fait reculer le front jusqu’à l’Èbre et libère l’Aragon, où pour la première fois apparaissent, sous le nom de « collectivités », des entités sociales dont la gestion est confiée à l’ensemble des individus. Après une brève et sanglante bataille à Caspe, la colonne s’arrête à Pina de Ebro. Sur les conseil d’un officier regulier de l’armée, ils remirent à plus tard l’assaut de Zaragoza. À mesure que s’instaurait l’expérience libertaire, le gouvernement central s’employait à neutraliser l’action de Durruti : refus de lui accorder des armes, tracasseries administratives et hostilité de plus en plus active du Parti communiste. À la différence d’autres responsables anarchistes, Durruti ne s’est jamais autorisé des succès remportés pour s’arroger quelque pouvoir personnel que ce soit. Son erreur fut peut-être de s’accommoder des mécanismes d’un pouvoir en place, qui ne pouvait que se dresser contre lui.
Lors de l’offensive contre Madrid, en octobre-novembre 1936, la colonne Durruti est appelée à la rescousse et dirigée sur le quartier le plus menacé. Le 19 novembre, Durruti est mortellement blessé dans des conditions assez mystérieuses (une mitrailleuse emballé au sein de la colonne ; le matériel de mauvaise qualité ou le manque de matériel faisant défaut aux combattants).
Le corps de Durruti fut transporté à travers le pays jusqu’à Barcelone pour ses funérailles. Plus d’un 250000 personnes defilèrent dans la rue pour accompagner le cortège funéraire sur la route jusqu’au cimetière. Ce fut la dernière démonstration publique à grande échelle de la force des anarchistes pendant la guerre civile espagnole.


La disparition de Durruti et l’affaiblissement des milices anarchistes allaient faciliter une politique de répression, qui culmina avec la liquidation des collectivités aragonaises et les affrontements de Barcelone en 1937.
Citation
"Il n’y a que deux routes pour la classe ouvrière, la Liberté, ou la victoire des fascistes, qui veut dire la Tyrannie. Les combattants des deux côtés savent ce qui est en réserve pour le perdant. Nous sommes prêts à mettre fin au fascisme une fois pour toutes, même en dépit du gouvernement Républicain."


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