Savoir d’où l’on vient, un travail de mémoire - Cordel N°32

lundi 27 juin 2016
par  Jean-Brice Gremaud, Martine Lalande
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Quand les instit se font soignants de première ligne...

Savoir d’où l’on vient : un travail de mémoire

Une école primaire dans une banlieue populaire. Stains, l’une des communes les plus pauvres de la Seine St Denis (93). Ecole au milieu des cités, enfants de multiples nationalités, souvent les derniers arrivés en France. Beaucoup de familles monoparentales, la mère seule, parfois les parents sont au pays, les enfants élevés par d’autres membres de la famille. Enfants livrés à eux-mêmes avant et après l’école quand les parents travaillent, parfois ils ne mangent pas ou très peu à midi. Peu de sorties hors de la cité, peu de distractions en dehors de la rue ou de la télé. Des violences parfois, à l’intérieur ou dans la rue. Voitures brûlées, objets qui tombent des immeubles, coups de feu dans la nuit, descentes de police…Ce n’est pas loin de Paris, mais ils n’y vont jamais. Seule évasion, une classe verte en Bretagne pendant les cinq années de primaire. Les enseignants ont choisi de continuer à travailler le samedi matin, pour qu’il n’y ait pas trop de coupure avec l’école, qui est un espace de vie et d’échanges. Souvent les parents racontent peu leur vie, ils gèrent le quotidien, travaillent parfois le week-end ou en horaire décalé, ne parlent pas toujours leur langue
d’origine avec leurs enfants.

Classe de CM1, enfants de 9 à 11 ans. Une sociologue vient à l’école. Elle raconte ses grands-parents, des paysans grecs pauvres. Les enfants ont ri à cette idée, d’un monde qu’ils ne connaissaient pas. Mais ils ont aimé cette histoire vraie. L’instituteur, lui, est né en Tunisie. Au fait d’où venons-nous ? Que faisaient nos grands-parents ? Comment vivaient-ils ? Allaient-ils à l’école ? La question concerne aussi les parents, les oncles et les tantes. Souvent, les grands-parents sont au pays. Mais quel pays ?
Les enfants ont posé des questions à leurs parents, surpris. Ils ont fait un questionnaire : où viviez-vous ? comment s’appelaient vos parents ? quel métier ils faisaient ? quels sont vos meilleurs souvenirs ? C’était souvent la première fois qu’ils en parlaient. Ils ont pu mettre des mots sur des sentiments, apprendre des choses étonnantes. Des mères sont venues raconter leur histoire à l’école. Les enfants ont écrit l’histoire de leur famille, puis en ont fait une exposition.

« Quand ma mère avait huit ans, mon grand-père et sa famille étaient en Turquie et quand ma mère avait neuf ans, mon grand-père est parti aux Pays-Bas » raconte Nawel. « Mon père faisait du foot comme sport et ma mère a fait du patin à glace et de la musculation. A l’époque, ils avaient les mêmes vêtements, mais un peu plus larges en bas et les couleurs étaient plus flash. Ils mangeaient beaucoup plus de légumes frais et moins de surgelés. Ils n’ont connu ni l’un ni l’autre la guerre. Leurs meilleurs souvenirs, c’étaient les repas en famille au Portugal. » Naba raconte que ses grands-parents maliens vivaient à Goro et Ngolokauna et se sont rencontrés comme ses parents le jour de leur mariage « Ce n’était pas un mariage forcé mais un mariage arrangé….Du temps de mes grands-parents il n’y avait pas d’école. Mon père est allé un peu à l’école, c’était dans une hutte qu’il fallait un peu reconstruire chaque année et ils étaient très nombreux dans une petite classe, peut-être une centaine. » Sarah écrit : « Ma mère est née à Casablanca, au Maroc, mon papa, lui, vient du Pakistan. Ses parents sont au Pakistan, mon frère et moi nous ne les avons jamais vus, nous avons parlé avec eux plusieurs fois au téléphone. Mais on ne comprend rien du tout, sauf quelques mots comme « Bonjour, ça va… » c’est pareil en arabe »…

Le travail de recherche de mémoire et de récits permet de donner du sens à ce qu’on vit, à l’espace où on se trouve. Les parents sont venus voir les textes, ils avaient les larmes aux yeux, ils ont lu et relu. « Je voulais que les gamins soient fiers de raconter » dit l’instituteur « et surtout qu’ils discutent avec leurs parents. Qu’ils sortent de l’idée que chez eux, ce n’est pas intéressant. Quand on sait d’où on vient c’est plus facile de savoir où on va ».

Expérience menée par jean-Brice Gremaud et Martine Vinces, racontée dans Pratiques n°44 janvier 2009

Si j’avais une baguette magique...
Avec ma baguette magique, à la place des bruits de voitures on entendrait le chant des oiseaux, je ferais disparaître tous les vieux murs je les remplacerais par de beaux murs, il y aurait des magasins des grands trottoirs et des cinémas pour se distraire. Mona

D’un coup de baguette magique, je détruirais tous les bâtiments de plus de 15 étages, je les remplacerais par des pavillons. Autour des serpentins je créerais des jardins. D’un coup de baguette je ferais disparaitre la violence, et il y aurait beaucoup d’amitié et de complicité entre les gens et les enfants auraient le droit de faire des bêtises. Kimberley

Avec ma baguette magique, je transformerais toutes les voitures brûlées en d’immenses fleurs, je créerais des jardins avec beaucoup d’arbres, de l’eau coulerait de la fontaine des trois têtes square Molière. Alain

Avec ma baguette magique, il y aurait beaucoup moins de bruit, je transformerais les tours en petits bâtiments je transformerais les écoles pour qu’elles soient plus belles. Il n’y aurait plus d’appartements vides, tout le monde pourrait être logé. Audrey

Atelier d’écriture réalisé avec des enfants de CM1 par
Christine Beigel et Jean-Brice Gremaud, année 2004-2005
École Romain Rolland, Stains
Cordel écrit par Martine Lalande grâce à Jean-Brice Gremaud, instituteur, Collectif outils pour le soin, partage de savoirs d’accès libre. Juin 2016.www.outilsdusoin.fr Cordel N° 32

Mon appartement
Tagué de toutes les couleurs
J’y vivrai toujours


Dans le bâtiment
Des enfants jouent au ballon
Ils ne se quittent pas

Des nêms dans l’assiette
Je les trempe dans la sauce
Je pars pour la Chine


Beaucoup de belles langues
Créole, Arabe, Vietnamien
Tout le monde se parle

Peu de magasins
Tabac, taxiphone, café
Où vais-je m’habiller ?


Adriana, Sandrine, Mona,
Camélia, Alexandre, Shariar,
Audrey, Thi Nga, Kaïna
Haïkus

Le bruit ça fait mal
Cris trop hauts, musique si forte
Je préfère le vent

Grand appartement
Ensoleillé le matin
Je plonge dans la mer


Rouge comme ma tour
Beige comme la cité jardin
Bleu ciel comme mes yeux

J’aime les bruits doux
Et aussi le bruit du vent
Pas les claquements


Les femmes africaines
Avec leurs jolis boubous
Portent leur enfant

J’aime le marché
On peut y trouver des fruits
Sentir des odeurs


Carcasses de voitures
Véhicules abandonnés
Je vais prendre mon bus

cordel :petit fascicule brésilien de poèmes ou écrits subversifs accrochés à une corde à linge et vendus dans les marchés
Bonjour, l’école

Mon ami est instituteur dans une école de banlieue au milieu d’une cité, agitée, difficile. Misère, bruit, trafics, règlements de comptes, descentes de police, voitures brûlées... L’enceinte de l’école se doit d’être un espace de calme et de sécurité.
A huit heures du matin, ils sont deux adultes à la grille de l’école, qui accueillent les élèves. A chaque enfant il disent « Bonjour » en le/la regardant.
Visages à peine réveillés ou regards déjà excités, mines renfrognées qui se déplient, sourires entendus ou surpris, bisous des petits, trois cent fois la même petite parole, qui permet à chacun de se sentir reconnu.e et de bien commencer la journée.

Article écrit par Martine Lalande pour la revue Pratiques n°32 sur Le temps de la parole
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Savoir d’où l’on vient

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