Le dialogue dans la famille - cordel N°39

mercredi 26 octobre 2016
par  Martine Lalande
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La famille est le plus petit cercle de vie dans la société. C’est donc le premier lieu des échanges et du dialogue. Son rôle est d’aider les enfants à grandir en sécurité et confiance. On y est solidaire et on a le droit de s’y exprimer tel(le) que l’on est. Ça peut devenir le lieu de la maltraitance, dès lors que l’expression de chacun, entre les membres du couple et à l’égard des enfants, n’est plus prise en compte. Comme on se doit de les éduquer, parfois on oublie qu’ils ont droit à la parole, et aussi à l’honnêteté. Des rapports basés sur la confiance sont des moyens de grandir et d’être prêt pour l’âge adulte. Il est déconseillé de cacher les choses importantes aux enfants (choix de vie, deuils, difficultés importantes…) Car ils les devinent, croient que c’est de leur faute et qu’ils sont punis de ne pas être mis au courant. Mais on ne peut pas leur dire les choses n’importe comment, il faut adapter notre langage à leur âge et prendre le temps de leur expliquer. Tout en les respectant et en écoutant leur avis et leurs interrogations. Ce n’est pas difficile, il suffit de les considérer comme des personnes intelligentes, de leur parler et de les écouter.

Mirjana est née en Yougoslavie, ses parents étaient ouvriers dans une entreprise d’agroalimentaire appelée « kombinat », à côté de Belgrade. Ils venaient de la campagne et avaient appris à lire grâce à leur travail, et aussi à participer à la vie de l’entreprise. A l’époque, le système fonctionnait selon les principes de l’autogestion. Les décisions étaient prises en assemblées de tout le personnel, après leur avoir donné les documents nécessaires à lire pour comprendre la situation. La famille de 5 personnes (les 2 parents et 3 enfants) était logée dans un immeuble mis à disposition par le kombinat. La gestion de l’immeuble et de ses abords, y compris des jardins ouvriers, était assurée en commun par les habitants.

Elle raconte : « A partir de mes 10 ans, tous les mois la famille se réunissait autour de la table : mes parents, mon frère et ma sœur aînés, et moi. L’un d’entre nous devait prendre des notes pour le compte-rendu de la discussion. On exposait où en étaient les finances de la famille. Puis on discutait des choix pour les dépenses. Qui a besoin d’un manteau ? Moi ! Mais il n’y a pas suffisamment d’argent pour en acheter plusieurs, tu peux encore utiliser celui de ta cousine, la prochaine fois ce sera toi. D’accord. Il n’y avait pas de tensions autour de ces décisions. On pouvait dire si on n’était pas d’accord, mais on n’avait pas besoin de faire des caprices et on savait quels étaient les moyens de la famille. » Elle ajoute : « je n’ai jamais compris que certaines personnes ne connaissent pas le salaire de leurs parents. »

C’est un exemple, on n’est pas obligé de faire exactement la même chose. Mais l’école de la vie commence par la famille, et le respect de ses membres est le premier maillon pour devenir adulte et prendre sa place au milieu des autres. Si les enfants se sentent respectés chez eux, ils ont plus de chances de se faire respecter en dehors, et de connaître les règles de la vie en société.

Citations
« Pour qu’un homme puisse grandir, ce dont il a besoin c’est du libre accès aux choses, aux lieux, aux méthodes, aux événements, aux documents. Il a besoin de voir, de toucher, de manipuler, je dirais volontiers de saisir tout ce qui l’entoure dans un milieu qui ne soit pas dépourvu de sens. »
« Il faut un village pour éduquer un enfant. »
« Un véritable système éducatif devrait se proposer trois objectifs. À tous ceux qui veulent apprendre, il faut donner accès aux ressources existantes, et ce à n’importe quelle époque de leur existence. Il faut ensuite que ceux qui désirent partager leurs connaissances puissent rencontrer toute autre personne qui souhaite les acquérir. Enfin, il s’agit de permettre aux porteurs d’idées nouvelles, à ceux qui veulent affronter l’opinion publique, de se faire entendre. »
Ivan Illich : Une société sans école 1971

« Vous dites :— C’est épuisant de s’occuper des enfants.
Vous avez raison.
Vous ajoutez :— Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser.
Là, vous vous trompez. Ce n’est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d’être obligé de nous élever jusqu’à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre.
Pour ne pas les blesser. »
Association française Janusz Korczak
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Cordel écrit par Martine Lalande, médecin généraliste, grâce à Mirjana Martic, Collectif outils pour le soin, partage de savoirs d’accès libre. août 2016. www.outilsdusoin.fr Cordel N° 39 cordel :petit fascicule brésilien de poèmes ou écrits subversifs accrochés à une corde à linge et vendus dans les marchés

"Ils venaient de loin, mais parlaient bien le français, car leur famille avait un bon niveau culturel et tout le monde était bilingue. Ils avaient juste une année d’écart, ce qui faisait que l’aîné était en CE2, le suivant en CE1 et le petit dernier en CP. Arrivés dans notre école aux habitudes étranges (réunions d’élèves, conseils de délégués et surtout « messages clairs »), ils se sont vite adaptés à notre façon de voir la vie. Un lundi matin, leur papa vient à l’école (et comme c’est un papa qui travaille, c’est inhabituel qu’il vienne). Il souhaite me voir et je crains qu’il ne soit fâché. Effectivement, il me regarde d’un air sévère. Il entre dans mon bureau et me raconte que la veille à midi, il était à table avec sa femme, et les trois garçons sont arrivés avec un papier dans les mains. Ils sont restés debout près de la table et le plus âgé a dit d’un ton solennel : « Papa, nous nous sommes réunis aujourd’hui en conseil et voici ce que nous avons à te dire : maman fait les courses, prépare la cuisine, nous mettons la table et nous aidons à faire la vaisselle, mais toi, papa, tu ne fais rien, alors nous te critiquons. » Oups, on n’avait jamais pensé que les outils démocratiques organisés à l’école pouvaient à ce point retentir dans les familles et je m’apprête à bafouiller des excuses pour cette intrusion inopinée, mais là, le papa éclate de rire et me dit : « Ma femme était ravie et elle tenait à ce que je vienne vous le raconter... » Je n’ai pas su s’il s’était mis derechef derrière les fourneaux ou au lessivage de la cuisine, mais l’histoire m’a marquée : il faut toujours prévenir les parents quand on met en place des dispositifs démocratiques, car les enfants finissent par considérer que la démocratie, c’est simplement normal..."
passage du livre "Trop Classe !" de Véronique Decker, ancienne directrice d’école du 93 qui utilisait les méthodes Freinet

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