Quelle performance ?

mardi 27 décembre 2016
par  Martine Lalande
popularité : 21%

La Sécu a de l’argent à perdre. Elle offre à tous les médecins de ville un 13ème mois, sous forme de prime « à la performance » (ROSP [1]). Les médecins devraient produire des soins de « qualité », sur des objectifs appelés « de santé publique ». Plus les objectifs sont réalisés, plus la prime est conséquente. Les médecins n’ont pas été consultés sur le choix des critères qui déterminent cette récompense, et les patients non plus. Les médecins sont encouragés à modifier leurs pratiques pour améliorer leurs scores, et ceci à l’insu du patient.

On pourrait imaginer que cela récompense ceux qui accordent beaucoup de temps à leurs consultations, qui s’occupent des questions sociales, qui accueillent bien les patients et qui se forment. Et bien non, les critères de « qualité » sont des indicateurs que la Sécu sait compter : le nombre de vaccins contre la grippe, les mammographies après 50 ans (alors qu’on se demande si c’est utile…), le pourcentage de statines prescrites en génériques (en occultant le débat sur l’intérêt de ces molécules…). Ou des indicateurs cliniques et biologiques récupérés à l’insu des patients (tension artérielle, analyses de sang) qui donnent des points et de l’argent s’ils sont compris dans des normes (mais qui fait les normes et dans quel intérêt ?).

Pas de débat, pas d’objectif de formation ni d’esprit critique, pas d’information des patients. Seulement des comptes, pour faire des économies ? Là non plus cela ne marche pas, et personne n’a encore pu prouver que c’était utile, que cela améliorait les comptes ni les pratiques. Alors, quand un médecin vous prescrit certains examens, comment savoir si c’est dans l’intérêt de votre santé ou pour améliorer son score ? Un médecin peut-il affirmer qu’il ne change pas sa façon de travailler, alors qu’il est commissionné pour ? Son indépendance est mise en question.

Dans la nouvelle convention de 2016 entre la Sécurité sociale et les syndicats majoritaires de médecins libéraux, on annonce la possibilité d’intégrer de nouveaux critères : nombres de prescriptions de transport, imagerie, biologie, reprise d’activité…Lisez : limitation des arrêts de travail. Cela pourra être décidé sans nouvelles négociations entre les partenaires. Ceux qui accepteront d’être payés en fonction des arrêts de travail qu’ils auront refusés se trouveront dans la même situation que les médecins conseils actuellement, qui ont des primes quand ils renvoient les patients au boulot…

Quels seront les perdants de la performance ? Certainement les patients qui ne sont consultés ni sur les « objectifs de santé publique », ni sur la rémunération des soignants ni sur la modification de comportement de leurs médecins pour devenir « performants » parfois à leurs dépens. Mais les médecins ont aussi beaucoup à perdre à dévoyer ainsi leur métier pour quelques dollars de plus.

Des médecins refusent ce mode de paiement et demandent qu’on sorte du système et du paiement à l’acte et de la fausse santé publique décidée par les gouvernements. En présentant l’exemple des Maisons Médicales belges : paiement des médecins au nombre de patients suivis, cahier des charges pour demande de subventions sur des objectifs décidés entre professionnels et usagers pour l’amélioration de la santé de la population locale. On en est bien loin ici…


Pour consulter les derniers communiqués du SMG relatifs à cette question :
http://www.smg-pratiques.info/Convention-medicale-2016-fuite-en.html

ou

http://www.smg-pratiques.info/CONVENTION-2016-ALERTE-Danger-sur.html


[1Rémunération sur objectifs de santé publique


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