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dimanche 2 avril 2017
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Caché sous l’Occupation, il combat à 80 ans le "délit de solidarité"
George Gumpel, auteur du "Manifeste des enfants cachés" à Lyon, le 29 mars 2017 (Afp)

Petit garçon juif sous l’Occupation, Georges Gumpel, âgé aujourd’hui de 80 ans, n’a jamais oublié la famille qui l’a protégé. Avec son "manifeste des enfants cachés", ce Français dénonce aujourd’hui le "délit de solidarité" imputé à ceux qui en France bravent la loi pour aider les migrants.
"La solidarité des gens qui nous ont cachés était une solidarité silencieuse alors qu’aujourd’hui elle est nécessairement audible et visible pour essayer de faire changer les choses. Mais elles procèdent toutes les deux de la même générosité humaine", compare ce retraité jovial, ancien fleuriste de décoration à Paris.
Le "délit de solidarité" est une expression utilisée en France par les associations pro-réfugiés pour dénoncer des procédures judiciaires engagées contre les personnes qui aident les migrants. Juridiquement parlant, ces poursuites ont eu lieu notamment pour "aide au séjour" ou pour "aide au transport d’étrangers en situation irrégulière".
Lancé fin février avec quatre autres signatures, celles d’anciens enfants cachés comme lui sous Vichy, le manifeste de Georges Gumpel en a recueilli depuis "une soixantaine" et a été largement partagé sur les réseaux sociaux.
"Si nous sommes en vie, c’est parce que des délinquants solidaires ont désobéi, nous ont cachés, nous ont nourris, en dépit des lois de Vichy et de l’occupant", proclame le texte, visible sur le site de l’Union juive française pour la paix (UJFP) dont l’octogénaire est porte-parole.
"Dans la vallée de la Roya, à Calais, à Paris, à Norrent-Fontes, à Boulogne, à Loos, à Perpignan, à Saint-Étienne, à Meaux... des militants et des citoyens qui ont manifesté concrètement leur solidarité désintéressée aux réfugiés ou aux Roms, sont intimidés, menacés, poursuivis par les autorités", ajoute le manifeste qui réclame "la fin de ces procédés".
"L’idée est venue après l’appel de la mère de Pierre-Alain Mannoni", se rappelle le retraité, en évoquant la pétition lancée par la mère d’un chercheur de Nice (sud) poursuivi pour le covoiturage, en octobre 2016, de trois Érythréennes venues d’Italie. Le chercheur a depuis été relaxé, mais le parquet a fait appel.
"Aujourd’hui, il n’y a pas de danger de mort mais l’ignominie est la même", lâche Georges Gumpel, scandalisé par la procédure judiciaire.
Le cas d’un agriculteur bio, Cédric Herrou, dans la même vallée franco-italienne de la Roya, a lui aussi eu beaucoup d’écho ces derniers mois en France. Il a été condamné le 10 février à 3.000 euros d’amende avec sursis pour avoir pris en stop des migrants. Là aussi, le parquet a fait appel.
Né en 1937 à Paris dans une famille juive française non pratiquante, il se souvient de son unité brisée après la rafle du Vélodrome d’Hiver en juillet 1942, où plus de 13.000 juifs - adultes et enfants - furent amenés avant d’être déportés.
"Tout d’un coup, nos parents découvrent que nous sommes en danger." Il déménage alors à Lyon (centre-est) avec sa famille mais le répit est de courte durée : les Allemands ont envahi la zone libre. Caché pendant trois mois dans un internat catholique, il sera finalement amené par sa mère chez des paysans dans le Massif central, en janvier 1944.
"Il y a des gens qui ont été cachés dans des placards, dans une porte secrète, ce n’était pas mon cas", précise M. Gumpel qui pouvait aider au travail de la ferme.
"J’ai été bien traité. J’ai vécu comme la famille entière. Elle était d’une pauvreté inouïe mais je n’ai jamais été malheureux", souligne l’octogénaire, malgré le traumatisme de la séparation d’avec ses parents.
Son père, lui, a été arrêté fin juillet 1944 à Lyon et déporté dix jours après. Il est mort au camp de concentration autrichien de Melk.
Peu disert sur son adolescence, Georges Gumpel, séduit ensuite par l’extrême gauche, évoque volontiers son militantisme contre le racisme et le colonialisme, celui de la France en Algérie ou celui d’Israël dans les Territoires palestiniens.
En mai 1987, il se porte partie civile avec sa mère et ses sœurs au procès "historique" de l’ancien chef de la Gestapo à Lyon, Klaus Barbie, qui avait signé le bordereau de déportation de son père.
"Cela a remis en lumière les crimes contre l’humanité et leur imprescriptibilité", souligne cet éternel insurgé contre les résurgences du passé.

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Manifeste des enfants cachés Sans la solidarité de délinquants nous ne serions pas là

L’heure est à la renaissance d’un délit de solidarité. Dans la vallée de la Roya, à Calais, à Paris, à Norrent-Fontes, à Boulogne, à Loos, à Perpignan, à St-Etienne, à Meaux... des militants et des citoyens qui ont manifesté concrètement leur solidarité désintéressée aux réfugiés ou aux Roms, sont intimidés, menacés, poursuivis par les Autorités.

Nous soussigné, enfants juifs cachés pendant la Seconde guerre mondiale pour échapper à la déportation, déclarons solennellement : si nous sommes en vie, c’est parce que des délinquants solidaires ont désobéi, nous ont cachés, nous ont nourris, en dépit des lois de Vichy et de l’occupant. Ils ont ouvert leur porte, falsifié notre identité, ils se sont tus ignorant les injonctions de la police et de l’administration, ils ont emprunté des chemins de traverse face à la persécution…
Leur solidarité est aujourd’hui reconnue publiquement. Nous leur sommes reconnaissants, comme nous le sommes au courage de nos parents qui ont fait le dur choix de se séparer de nous et de transformer leurs enfants en « mineurs isolés ».
Mais ce devoir de solidarité s’applique aussi aujourd’hui et nous réclamons la fin de ces procédés d’intimidation. Nous proclamons la légitimité du droit de regard des citoyens et des citoyennes sur les pratiques de l’administration, de la justice ou de la police. Nous sommes solidaires avec celles et ceux qui se montrent solidaires des personnes en situation de précarité sans se soucier de savoir si elles sont ou non en situation régulière quant au séjour. Nous passons le flambeau de la solidarité aux lanceurs d’alerte, aux citoyens critiques des politiques xénophobes, aux solidaires du quotidien.

Les 10 premiers signataires :

1. Enfants caché-e-s :
• Georges Gumpel, enfant caché à Lyon puis en Haute-Loire ;
• Liliane Lelaidier-Marton, enfant cachée à Bonneuil-sur-Marne ;
• Georges Tugène, caché en Haute-Loire ;
• Jean de Monbrison, caché près d’Auch, dans le Gers ;
• Nicole Kahn, enfant cachée dans une école catholique à Limoges.

2. Filles et fils, frères et sœurs d’enfants caché-e-s
• Patrick Silberstein, fils d’Hélène Vainberg, cachée par des Italiens à Monthléry ;
• Dominique et Emmanuèle Natanson, fils et fille de Jacques Natanson, caché par des moines dominicains à Saint-Maximin, Var ;
• Jean-Claude Meyer, frère de Colette Meyer, cachée après l’exécution de leur père ;
• Jean-Guy Greilsamer, fils d’Yvonne Greilsamer, cachée à Saint-Dizier en Haute-Marne, puis dans l’Aube ;
• Béatrice Orès, fille d’une enfant cachée dans le département du Rhône


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