Et, à la fin, ce sont toujours les assureurs qui gagnent !

dimanche 19 novembre 2017
par  Lucien Farhi
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Ce texte est une contribution à la préparation du futur livret sur les mutuelles-santé

Pour certains, la Sécurité sociale devrait se confiner au traitement des maladies chroniques et/ou de longue durée. L’ensemble des autres risques seraient pris en charge par les assurances privées, mutuelles ou pas. En clair : le « petit » risque, rentable, pour les assureurs privés ; le « gros » risque, inassurable, pour l’Assurance maladie publique. Soit la réalisation du vœu formulé dès 2007 par le MEDEF et concernant l’avenir de la Sécurité sociale : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ».

En fait, dès 2002, l’Institut Montaigne, club de pensée connu des milieux de droite, créé en 2000 par Claude Bébéar, Pdg d’AXA à l’époque, publie un rapport intitulé « Vers une assurance maladie universelle ». Après y avoir défini un panier de soins composé des maladies qui continueraient d’être assurées par la Sécu, les auteurs poursuivent : " Les biens et les services de santé non pris en charge au titre de l’assurance maladie universelle relèveront de l’assurance supplémentaire. Les mutuelles, institutions de prévoyance, compagnies d’assurance qui interviennent en complément de l’assurance maladie devront devenir de véritables assureurs de risque maladie pour couvrir sur une base facultative et gérer au premier euro du risque supplémentaire afférent à des soins ne figurant pas dans le panier de soins universel. On peut parfaitement envisager que la couverture d’une partie des risques supplémentaires soit obligatoire… "
Remarquons au passage qu’à cette date, déjà, tout y est formulé, et sans ambiguïté : l’extension souhaitée du panier de soins relevant des complémentaires, autant que l’obligation devenue légale de l’assurer par les mêmes complémentaires. Soit la stratégie que vont s’attacher opiniâtrement à mettre en place l’ensemble des complémentaires santé pendant les 15 années qui suivront.

En Juin 2016, le même institut remet le couvert en publiant « Réanimer le système de santé », où l’on peut lire : « une réflexion sur le contenu du panier de soins de base ainsi que sur la distinction entre ce qui relève de la solidarité et ce qui relève de la mutualisation devrait être menée avec l’ensemble des acteurs. »
Dans un premier temps, ce programme croit avoir trouvé son expression politique dans la candidature de François Fillon, dont le programme prévoit de « Redéfinir les rôles respectifs de l’assurance publique et de l’assurance privée, en focalisant l’assurance maladie notamment sur les affections graves ou de longue durée : le panier de soins solidaire ; et l’assurance complémentaire sur le reste : le panier de soins individuel. »
Seuls s’étonneront de cette coïncidence les naïfs : l’institut Montaigne est présidé par Henri de Castries, lui-même Président d’AXA et ami de ce candidat à la présidentielle.
Et le co-Président du groupe de travail ayant œuvré sur le rapport de l’institut Montaigne de Juin 2016 n’est autre que Frédéric Van Roekeghem, Directeur exécutif de l’assureur MSH-International et tout récemment encore, Directeur général de la CNAMts et, plus anciennement, directeur à l’audit d’AXA.
Enfin, pour couronner le tout : la perspective enivrante, la privatisation étant réalisée, de la gestion d’une trésorerie de 200 milliards d’€ tombée aux mains des assureurs-spéculateurs.

Mais, patatras, cette attaque frontale contre la Sécu soulève un tollé : Fillon fait – trop tard ! – machine arrière. Les emplois fictifs l’achèvent.
Désastre ? Que nenni ! La Droite sort Macron du chapeau, se souvenant opportunément du cadeau de la mutuelle d’entreprise obligatoire fait aux assureurs par l’ANI, fabriqué par le ministre de l’économie de l’époque : un certain E. Macron ! Et, à tout seigneur tout honneur, c’est encore à un assureur, le même ex Pdg d’AXA (encore AXA !), réputé « parrain » du patronat français, qu’il reviendra de porter l’estocade finale. Claude Bébéar déclare, en effet : « À quelques jours de voter au premier tour de l’élection présidentielle, je souhaite pour la première fois de mon existence rendre public mon choix : je soutiens Emmanuel Macron. »

Cerise sur le gâteau : Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne où l’avait recruté le même Claude Bébéar et, par ailleurs, ami personnel et conseiller d’E. Macron, n’avait pas attendu l’aval de son mentor pour loger à son domicile personnel, à sa naissance, l’association « En marche », arme fatale d’un certain candidat à l’élection présidentielle…

Avec les assureurs ainsi faiseurs de rois, comment s’étonner de la réponse désinvolte, en forme de justification, opposée aux accusations de dérapage des frais de gestion des complémentaires comparés au coût modéré de la gestion publique de la Sécurité sociale, dans le rapport publié par l’institut Montaigne (Réanimer le système de santé, propositions pour 2017) : « Cette spécificité [des complémentaires] est un héritage historique et peut être vue comme un atout( !) car elle permet de diversifier la prise en charge et d’offrir des choix de couverture adaptés . »
Mais, « adaptés » à qui, aux plus aisés, à quel prix ? Motus.
Pourtant, le même institut proclamait en 2002 dans son rapport « Vers une assurance maladie universelle ? » : « Nos concitoyens n’opposent cependant plus de manière idéologique le marché et l’État : ils les jugent pragmatiquement à l’aune de leur efficacité relative »
Ah oui, vraiment ? De quelle efficacité, de quelle idéologie parle-t-on quand, pour 100 € de prestations dépensées, la Sécurité sociale facture à la collectivité 3.8 € de frais de gestion contre 22.3 € pour les complémentaires ?

Une métaphore sportive pour conclure, à propos de ce spectacle fascinant offert par le réseau d’influences des assureurs en action, tel le jeu collectif d’une équipe de rugby marquant un essai : le but est la Présidence, les candidats sont les attaquants (Fillon et Macron), les passeurs sont les assureurs, plus un jeune en apprentissage (De Castries, Van Roekeghem, Bébéar, Bigorgne). Selon que tel des candidats est le mieux placé au cours de l’action, les assureurs décident qui d’entre eux lui fera la passe décisive (en l’occurrence, Bébéar à Macron). Et tout cela change au gré des chances et du déroulement de la partie. Mais le résultat est toujours sans surprise, acquis dès le départ. C’est une équipe qui joue superbement collectif, des pros dotés de budgets quasi illimités, qui ne laissent aucune chance à leurs challengers. Peu importe le candidat vainqueur, peu importe le passeur qui lui aura fait la passe décisive, du moment que le match est gagné par l’équipe, celle des assureurs, naturellement.
On est loin, bien loin des besoins de santé de la population...

Petits rappels sur les CV des héros de cette saga :
Claude Bébéar, commence sa carrière dans une petite mutuelle agricole, puis grandit par rachats successifs d’autres mutuelles, puis assureurs, dont l’UAP, et fait d’AXA le 1er assureur français. Réputé « parrain » du patronat français, il a un rôle essentiel. L’ancien patron d’AXA fait partie de ceux qui ont poussé Emmanuel Macron à lancer son mouvement.
Frédéric Van Roekeghem, Ingénieur général de l’Armement, en détachement, Directeur exécutif de l’assureur MSH-International et tout récemment encore, Directeur général de la CNAMts, après avoir été directeur à l’audit d’AXA, puis directeur de cabinet de Douste-Blazy.
Henri de Castries, inspecteur des finances, rejoint AXA où il succède à Bébéar. Donné comme 1er ministre potentiel si Fillon l’avait emporté. A quitté prématurément AXA, en septembre 2016.
Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne où l’a recruté Claude Bébéar. C’est un ami personnel et conseiller d’E. Macron : l’association « En marche » est, à sa naissance, domiciliée officiellement chez lui.


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