Pour un cordel sur le "burn-out" des soignant·es

ou plutôt l’épuisement professionnel des soignant·es
dimanche 25 février 2018
par  Outils du soin
popularité : 35%

le titre est à préciser, par exemple : l’épuisement professionnel dans le soin, dit « burn-out des soignants »
Suivent des propositions de phrases pour le texte.

Les soignants craquent. Que ce soit à l’hôpital ou en ville, de plus en plus souvent on entend parler d’épuisement professionnel dans les métiers du soin. Ainsi que chez les enseignants.

Pourquoi ? qu’est-ce qui les rend plus vulnérables, surmené·es, voire dépressif·ves ? alors que le plus souvent ce sont des métiers qu’ils aiment et qu’ils ont choisis.
Quand on leur demande quel est leur ressenti de ce « ras-le-bol » appelé burn-out, ou épuisement professionnels, des soignant·es (infirmier·es, médecins, étudiants, psychologues, orthophonistes, aide-soignant·es, cadres, secrétaires…) parlent de : stress, fatigue, surcharge émotionnelle, impossibilité de gérer ses émotions, anesthésie des sentiments…Et aussi de colère, sentiment d’injustice, culpabilité, impuissance. Cela peut aller jusqu’au mal-être, la dépression, voire le suicide.
Comment le travail peut-il générer autant de souffrance ? Ils/elles citent aussi le manque de reconnaissance, la surcharge de travail, la nécessité de dépasser ses limites. Parfois le harcèlement et la maltraitance. Ce qui semble faire souffrir le plus est le conflit de valeurs, la tension entre le travail idéal et la réalité, la perte de sens et par conséquence la perte de l’estime de soi. Ce qui est aggravé par la situation de travail au contact de patient·es qui ont besoin de soins appropriés qu’on ne peut leur apporter. Cela peut se retourner en agressivité vis-à-vis de ces patient·es, avec un rejet de leurs demandes, une mauvaise prise en charge, voire de la maltraitance, et de la culpabilité.

Est-ce que cela s’est aggravé ces dernières années ? Avant les années 70, on ne parlait pas de cette « maladie professionnelle » qui n’est d’ailleurs pas reconnue comme telle. Et il ne se passe pas une semaine actuellement sans qu’on en entende parler ou que ce soit abordé dans les consultations.

Chez les soignant·es, les causes de cet épuisement peuvent être trouvées dans le management en institution à l’hôpital ou en maison de retraite. La nécessité de rentabilité du travail est apparue à l’hôpital avec le financement par la tarification à l’activité (T2A). La restriction des budgets et des effectifs a accru la charge de travail et restreint les moyens de répondre aux besoins des patient·es. Le renforcement de l’encadrement met le personnel sous pression. L’organisation du travail (taylorisation avec le travail posté, chaque soignant·e effectuant un travail précis et limité comme répondre au téléphone ou ne faire que les prélèvements…), les protocoles avec des objectifs inatteignables, les réunions inutiles, les obligations de remplir un dossier informatique et de noter tous les gestes faits…tout cela prend du temps qui n’est plus auprès des patient·es.

En ville, l’informatisation, les obligations administratives compliquent l’exercice. Le manque de médecins oblige à se rendre en permanence disponible. La demande des patient·es est influencé par la médicamentation de la société (pour tout problème un examen ou un médicament) et la marchandisation de la santé. Les problèmes sociaux des gens s’expriment chez le médecin qui le plus souvent n’a pas de solution à proposer.

Dans tous les lieux de soins, les soignant·es se plaignent de manquer de temps pour soigner et pour discuter entre collègues, de perdre le cœur du métier avec les exigences protocolaires et l’informatisation. Il n’y a plus de place pour le collectif.
Le plus souvent, l’épuisement professionnel n’est pas lié à une structure dépressive de l’individu mais à des contraintes physiques et psychiques qui rendent son travail impossible.

Pour en sortir
Reconnaitre le problème, l’analyser, ne pas se résigner, ne pas rester seul·e. En parler avec les collègues, expliquer aux patient·es. Consulter les syndicats, l’inspection du travail. Mobiliser la solidarité. Lutter ensemble. Se sentir légitime. Se protéger et protéger les autres.

Individuellement, la réaction de sauvegarde passe souvent par un arrêt de travail, pour lâcher prise et prendre de la distance. Les soignant·es ont souvent du mal à s’arrêter, par manque d’effectifs ou de remplaçant·es, et par conscience de leur fonction. D’autres ressources permettent de se protéger : participer à des groupes de pairs, de supervision ou balint, adhérer à un syndicat. En dehors du travail, trouver des espaces de respiration : relaxation, danse, théâtre, clown…

Collectivement, quand le problème se pose, c’est l’occasion de revendiquer du personnel, du temps collectif pour analyser les dysfonctionnements et les besoins de modification de l’organisation du travail. Repenser la relation de soins, défendre une qualité de soins émanant des soignant.es et non des protocoles imposés par la hiérarchie. Eventuellement faire grève ou menacer de démissionner.

Pour éviter le burn-out des soignant·es
On peut s’appuyer sur les exemples de lieux encore protégés, qui permettent l’exercice du soin en collectif et avec du temps et le souci de la qualité. Comme les services de soins palliatifs, certains centres d’IVG, des maisons de santé. C’est plus facile quand ils échappent à la tarification à l’activité ou à la rentabilisation. Le travail collectif est un rempart contre le stress au travail, et le partage des tâches contre la surcharge. Les réseaux de santé avec des travailleur·ses sociaux et des psychologues sont aussi des exemples de ressources complémentaires du soin.

Il faut faire le lien entre professionnel·les du soin et autres professions pour traiter cette question de l’épuisment professionnel et les moyens collectifs de faire reconnaître ce problème de santé qui reflète l’évolution de la société. Cela regarde tou·tes les citoyen·nes car ils sont concerné·es. Aujourd’hui personne n’est à l’abri et les solutions devront être trouvées ensemble.

Historique
Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, n’a pas de définition précise officielle.
En 1959, un psychiatre français parle d’états d’épuisement dans le cadre professionnel ; le concept de burn-out syndrome émerge dans les années 70 aux Etats-Unis pour décrire l’état d’épuisement émotionnel et physique chez des professionnels de santé en charge de toxicomanes il est repris dans les années 80 pour le monde professionnel en général
L’OMS ne l’a pas intégré dans sa Classification Internationale des Maladies – 10 (et n’a pas l’air de l’envisager dans la CIM - 11 qui sortira en 2018), pas plus que le DSM – V.
En 1969, Harold. B Bradley est la première personne à désigner, dans son article « Community-based treatment for young adult offenders », un stress particulier lié au travail sous le terme de burnout. Ce terme est repris en 1974 par le psychanalyste Herbert J. Freudenberger puis par la psychologue Christina Maslach en 1976 dans leurs études des manifestations d’usure professionnelle

Définitions
Le syndrome d’épuisement professionnel, en anglais burnout, combine une fatigue profonde, un désinvestissement de l’activité professionnelle, et un sentiment d’échec et d’incompétence dans le travail. Le syndrome d’épuisement professionnel est considéré comme le résultat d’un stress professionnel chronique (par exemple, lié à une surcharge de travail) : l’individu, ne parvenant pas à faire face aux exigences adaptatives de son environnement professionnel, voit son énergie, sa motivation et son estime de soi décliner.

Le vicariant ou incorporation de la souffrance des patients (à developper)

Autoquestionnaires
Il existe des échelles de mesure du syndrome d’épuisement professionnel.

Echelle de Maslach (MBI : Maslach Burnout Inventory’s) en 22 items : 9 pour l’épuisement émotionnel, 5 pour la dépersonnalisation et 8 pour l’accomplissement personnel. La personne interrogée indique la fréquence selon laquelle elle éprouve le sentiment en question avec un score pour chacune des trois dimensions.http://www.masef.com/scores/burnoutsyndromeechellembi.htm

Le Copenhagen Burnout Inventory (CBI)  : autoquestionnaire à 3 dimensions : le burnout personnel ou « degré de fatigue et d’épuisement physiques et psychologiques ressenti par le sujet », le burnout lié au travail ou « degré de fatigue et d’épuisement physiques et psychologiques perçus par le sujet comme étant lié à son travail » et le burnout lié à l’usager ou « degré de fatigue et d’épuisement physiques et psychologiques perçus par le sujet comme étant lié à son travail avec les usagers ».
Burn-out = maladie professionnelle
Début 2018, un projet de loi proposé par le député François Ruffin pour faire inscrire le syndrome d’épuisement professionnel au tableau des maladies professionnelles a été rejeté par le gouvernement. Actuellement, pour faire reconnaitre une maladie hors tableau, il faut la déclarer en « maladie à caractère professionnel », et elle sera examinée par le Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (C2RMP). Il faudra alors établir le lien entre le problème de santé et le travail et que ce problème soit à l’origine d’une incapacité permanente prévisible (IPP) d’au moins 25%, ou cause de décès. Pour le moment, sont à peu près reconnus 3 troubles psychiques graves susceptibles d’être liés au travail : l’épisode dépressif majeur, le trouble anxieux généralisé, et l’état de stress post-traumatique. On peut gagner un peu de temps en demandant au médecin conseil de la sécurité sociale d’évaluer l’IPP avant la consolidation de la maladie, mais le délai d’instruction du dossier est de 6 mois en moyenne.
Le stress au travail peut être déclaré en accident de travail, quand il apparait brutalement.


Références :
Thèse de Nadia Kandelman : Facteurs de risque de burn-out chez les soignants travaillant en EHPAD
N. ClumeCk (1), S. DelroiSSe (2), S. GozlaN (3), m. le PolaiN (4), a.-C. maSSart (5), P. meSterS (6), W. PitChot (7) SYNDROME DE FATIGUE PROFESSIONNELLE (BURNOUT) 1ère partie : de l’identification par le médecin généraliste Rev Med Liege 2017 ; 72 : 5 : 246-252 2ème partie : de la prise en charge thérapeutique Rev Med Liege 2017 ; 72 : 6 : 301-307


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