Les soignants soignantes craquent que faire ? N°61

lundi 6 mai 2019
par  Outils du soin
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Le burn-out des soignant.es, que faire ?

On entend de plus en plus souvent parler d’épuisement professionnel dans les métiers du soin.
Ce n’est pas une maladie, c’est le résultat d’une maltraitance. Les personnes sont rendues malades par une mauvaise organisation du travail. L’épuisement professionnel n’est pas lié à une tendance dépressive de l’individu mais à des contraintes physiques et psychologiques qui rendent son travail impossible.
Quand on leur demande quel est leur ressenti de ce « ras-le-bol » appelé burn-out, ou épuisement professionnel, des soignant·es (infirmier·es, médecins, étudiant·es, psychologues, orthophonistes, aide-soignant·es, cadres, secrétaires…) parlent de : stress, fatigue, surcharge émotionnelle, impossibilité de gérer ses émotions, anesthésie des sentiments…Et aussi de colère, sentiment d’injustice, culpabilité, impuissance. Cela peut aller jusqu’à la dépression, voire un suicide. Le sujet est pris entre larmes, cœur serré, sensations de jambes et bras coupées, sensation de souffle court, sensation d’être submergé.
Comment le travail peut-il entraîner autant de souffrance ? Les personnes concernées parlent de manque de reconnaissance, de surcharge de travail, de mauvaise organisation et de la contrainte de dépasser ses limites. Ce qui semble faire souffrir le plus est le conflit de valeurs, la tension entre le travail idéal et la réalité, la perte de sens et par conséquence la perte de l’estime de soi. C’est d’autant plus critique qu’il s’agit de travail au contact de patient·es qui ont besoin de soins appropriés, que le ou la soignant·e ne peut plus leur apporter. Cela peut même se retourner en agressivité vis-à-vis de ces patient·es, avec un rejet de leurs demandes, une mauvaise prise en charge, voire de la maltraitance, et de la culpabilité. Car ce n’est certainement pas de la faute des patient·es si les soignant·es sont en souffrance.

Comment réagir ?

Individuellement, la réaction de sauvegarde passe souvent par un arrêt de travail, pour lâcher prise et prendre de la distance. Les soignant·es ont souvent du mal à s’arrêter, par manque d’effectifs ou de remplaçant·es, et par le sentiment d’abandonner à la fois les collègues et les patient·es. D’autres ressources, en dehors du travail, permettent de se protéger, de trouver des espaces de respiration : relaxation, danse, théâtre, clown, sport etc …
Collectivement, il faut chercher des allié·es : participer à des groupes de pairs, de supervision ou Balint, adhérer à un syndicat. C’est l’occasion de revendiquer du temps collectif pour analyser les dysfonctionnements et les besoins de modification de l’organisation du travail, de réclamer des augmentations d’effectif si besoin. Repenser la relation de soins, défendre une qualité de soins émanant des soignant·es impliqué·es dans le travail concret, et non des protocoles imposés par une hiérarchie ou une administration. S’unir, se battre pour obtenir les moyens dont on a besoin. Différentes solutions peuvent être trouvées selon les lieux, les situations et l’imagination des collectifs.

Comment éviter l’épuisement professionnel des soignant·es ?

Les soignant·es ont besoin de pouvoir échanger collectivement sur leur travail pour lui trouver du sens. Retrouver du pouvoir sur l’organisation du travail, ne plus laisser la hiérarchie imposer un mode de travail ne respectant pas le rythme et la place de ceux et celles qui effectuent concrètement ce travail. Décider ensemble de la répartition des tâches après avoir évalué les besoins des usager·es.
On peut s’appuyer sur les exemples de lieux où les équipes se mobilisent pour permettre l’exercice du soin en collectif, avec du temps et le respect de l’humain. Cet esprit peut se développer dans différents lieux que ce soient certains services de soins palliatifs, certains centres d’IVG, les maisons de santé ou autres, surtout s’ils échappent à la pression de la rentabilité . C’est plus facile quand ils ne sont pas soumis à la tarification à l’activité ou à la rentabilisation. Le travail collectif est un rempart contre le stress au travail, et le partage des tâches contre la surcharge, d’autant plus quand les réseaux de santé intègrent des compétences complémentaires avec des travailleur·ses sociaux et des psychologues.
Faire le lien entre professionnel·les du soin et autres professions pour traiter cette question de l’épuisement professionnel est un moyen de faire reconnaître ce problème de santé qui reflète l’évolution de la société. Cela regarde tou·te·s les citoyen·nes car ils et elles sont concerné·es. Aujourd’hui personne n’est à l’abri et les solutions devront être trouvées ensemble.|

Cordel N° 61


ISSN 2491-1119

J’ai bien envie de cracher sur le choléra  
« Appartenir aux autres et non à soi, ne penser qu’aux diarrhées, sursauter la nuit au bruit d’un aboiement d’un chien ou de coups frappés au portail (n’est-ce pas moi qu’on vient chercher ?), j’ai bien envie de cracher sur le choléra. »

Anton Tchekhov, écrivain et médecin (lettre à son éditeur, pendant l’épidémie de cholera en 1892, où il organise les secours dans une province loin de Moscou.)

O comme oignon
Quand ils sont très, très fatigués,
les loups ont une solution :
ils se retrouvent
au fond d’une obscure taverne de bois
et ingurgitent bruyamment
plusieurs bols de soupe à l’oignon.

Parce que l’oignon fait la force.

Hélène Maurel (Encycloupédie du loup)

Cordel écrit par le Collectif Outils du soin
et les participants à une rencontre « café-cordel »
qui a eu lieu à la Cité de la santé le 10 février 2018
www.outilsdusoin.fr - Mars 2019, Cordel n° 61
Illustration du cordel : Hélène Maurel
Des liens, des sites, des livres*…

Le réseau des consultations « Souffrance et travail »
http://www.souffrance-et-travail.com/
Les permanences « Santé et travail » à la Bourse du travail : https://neplusperdresaviealagagner.org/wp-content/uploads/2016/12/permanences-sante-travail.pdf
Le site de « L’association Jean-Louis Mégnien contre le harcèlement moral et la maltraitance au sein de l’hôpital public » : https://associationjeanlouismegnien.fr/

Stress, émotions, épuisement chez l’aide-soignant : pour lutter contre le burn-out, de C.Quancard-Stoiber et B.Boullierce. Elsevier Masson, 2018
La souffrance au travail : les soignants face au burn-out, de A. Manoukian. - Lamarre, 2016
Le burn-out à l’hôpital : le syndrome d’épuisement professionnel des soignants, de P. Canoui, A. Mauranges, A. Florentin, M. Hirsch. – Elsevier Masson, 2015
* disponibles à la Cité de la santé (au niveau -1 de la Cité des sciences et de l’industrie), 30 avenue Corentin Cariou 75019 Paris M° Porte de La Villette.
Une nouvelle maladie
Avant les années 70, on ne parlait pas de burn-out. Qu’est-ce qui rend les soignant·es plus vulnérables qu’avant, surmené·es, voire dépressif·ves alors que le plus souvent ce sont des métiers qu’ils aiment et qu’ils ont choisis ?
Quelques hypothèses :
Les causes de cet épuisement peuvent être trouvées dans le management en institution à l’hôpital ou en maison de retraite. La nécessité de rentabilité du travail est apparue à l’hôpital avec le financement par la tarification à l’activité (T2A). La restriction des budgets et des effectifs a accru la charge de travail et restreint les moyens de répondre aux besoins des patient·es. Le renforcement de l’encadrement met le personnel sous pression. L’organisation du travail (travail posté, chaque soignant·e effectuant un travail précis et limité comme répondre au téléphone ou ne faire que les prélèvements…ou au contraire changement incessant de service), les protocoles avec des objectifs inatteignables, les réunions inutiles, les obligations de remplir un dossier informatique et de noter tous les gestes exécutés…tout cela prend du temps que l’on n’a plus pour être auprès des patient·es.
En ville, l’informatisation, les obligations administratives compliquent l’exercice. La demande des patient·es augmente, influencée par la médicamentation de la société (pour tout problème un examen ou un médicament...) et la marchandisation de la santé. Le paiement à l’acte favorise la multiplication des consultations. Par manque d’autre espace où les traiter, les problèmes sociaux des gens s’expriment chez le médecin qui le plus souvent n’a pas de solution à proposer.
Dans tous les lieux de soins, les soignant·es se plaignent de manquer de temps pour soigner et pour discuter entre collègues, de perdre le cœur du métier avec les exigences des protocoles et de l’informatique. Il n’y a plus de place pour le collectif.

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