Mon dépistage du coronavirus comme si vous y étiez

jeudi 30 juillet 2020
par  juliette, Outils du soin
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16 juin 2020

Fin du confinement, je reprends quelques activités associatives. Une annonce par SMS m’informe qu’il y a un dépistage organisé dans ma ville. [1] Demain j’y vais.

17 juin 2020

Cela se passe dans un gymnase [2]. En trois étapes. D’abord on me demande ma carte vitale et mes coordonnées (adresse, téléphone, mail) pour m’inscrire. Puis on me pose des questions sur mon état de santé et on me prend la température. Enfin, le prélèvement est fait dans le nez par un soignant habillé en blanc et masqué. Cela fait comme une sensation de piqûre. On me dit que j’aurai les résultats d’ici 48 heures. Les examens sont analysés par le laboratoire de l’hôpital.

18 juin 2020

En effet le lendemain, je reçois un message sur mon portable : « votre test est indéterminé ». Bon, c’est bien, j’imagine que cela s’arrête là. Bien que cette formulation me semble bien sibylline.
Une amie médecin me dit que c’est « à recommencer » [3], que cela ne veut pas dire que c’est négatif. Moi, j’avais interprété comme suit : « indéterminé » ça veut dire « négatif » mais comme « ils » ne veulent pas prendre le risque de l’affirmer, ils écrivent ça comme ça, car je sais la possibilité de « faux négatifs ». De moi-même je n’aurais rien fait ensuite.
La mention « à recommencer » me laisse perplexe : Est-ce qu’il faut comprendre qu’il me faut refaire un nouveau test ? Où aller ? A qui dois-je m’adresser ? Je rechigne à joindre mon généraliste, en dehors de qui toute cette opération s’est déroulée, par crainte de l’agacer avec toutes questions. Je suis lasse de courir et joue l’inertie…

19 juin 2020

Tout vient à point à qui sait attendre ... Le lendemain de cet échange, je suis rappelée au téléphone par une personne qui me dit vouloir « expliquer le résultat de mon test » : « Indéterminé ça veut dire qu’il a été peut-être mal fait ou ... (zut, je ne me souviens plus des mots qu’il a utilisé alors que c’est la partie la plus palpitante) ». Bref, je vais être recontactée dans la journée pour convenir d’un autre test. Par qui, ai-je demandé ? « Par une équipe de COVISAN [4] ». Cette équipe dépend-elle de l’ARS ?
« Non, de l’AP-HP ». [5]

Dans la journée, je suis rappelée par quelqu’un de COVISAN : je choisis le lendemain comme date pour un nouveau prélèvement PCR. Je serai appelée entre 8h30 et 9h pour que nous convenions d’un horaire plus précis. Les préleveurs viendront à deux chez moi, dans une voiture banalisée, « très discrète » me précise mon interlocuteur. Interrogatoire complémentaire : nom/date de naissance, mail/tél, est-ce que je vis seule, ai-je un animal de compagnie, y a-t-il des difficultés à signaler pour accéder à mon domicile ?

20 juin 2020

Le jour-dit, un sympathique binôme de l’équipe COVISAN se présente chez moi. Nouveau recueil de données : Identité, âge, adresse, courriel et tél. Coordonnées du médecin traitant. Ils notent les symptômes que j’avais ressentis en mars (frissons, maux de tête et jambes flageolantes pendant une semaine). Je suis prélevée une seconde fois par un geste plus expérimenté que la première fois (il tourne l’écouvillon d’une manière plus ample sur ma muqueuse nasale alors que le premier prélèvement était beaucoup plus « pointilliste » genre « piqûre de moutarde [6] »). Je suis informée que je recevrai les résultats par courriel sous 48h.
Pas de question sur les contacts de mes proches. Sans doute parce que je dis que je vis seule.
Ils me demandent aussi si je pourrai m’isoler en cas de résultat positif, si je pourrai être ravitaillée, si j’ai des questions...

En partant, ils me laissent un kit-cadeau d’une dizaine de masques, du gel hydroalcoolique et même un thermomètre électronique (je n’avais pas pu prendre ma température lorsque j’avais ressenti de légers symptômes bizarres au début du confinement). Et aussi 2 flyers très bien faits qui donnent la marche à suivre :
- « Que faire si vous êtes malade pendant environ 2 semaines ? »
- « Je suis atteint par le coronavirus et je dois rester chez moi jusqu’à ma guérison : 1- Je surveille mon état de santé, 2- Chez moi, je protège mon entourage, 3- Je nettoie mon logement régulièrement, 4-Pour m’organiser tous les jours ... je me fais livrer etc. Si une personne m’aide à mon domicile, elle doit se laver les mains très régulièrement.
Ainsi qu’un flyer de présentation « Qu’est-ce que COVISAN ? » dont le verso est consacré à la protection des données [7].

22 juin 2020

En effet, le surlendemain, je reçois mes résultats, par courriel [8] provenant du Cyberlab de l’Hôpital qui a traité mon prélèvement. Pour y accéder, je dois renseigner ma date de naissance et un mot de passe reçu par SMS sur mon téléphone mobile pour m’identifier. Je reçois aussi au passage un code pour utiliser l’application StopCovid, avec une précaution de taille : "Vos informations ne seront en aucun cas transmises à l’application StopCovid ". Cette fois-ci le résultat est clair : négatif

23 juin 2020

Je suis soulagée mais je me pose une question : comment aurais-je fait pour bénéficier de ce dépistage si je n’avais pas eu la sécurité sociale ? Je leur demande par mail :
Bonjour,
J’ai participé volontairement à la journée de dépistage qui a été organisée la semaine dernière dans ma ville et je m’en félicite. Même s’il a fallu refaire un second prélèvement car celui fait sous barnum était insuffisant pour être analysé, tout s’est très bien passé et je voudrais remercier ici le professionnalisme et la gentillesse de vos équipes et l’efficacité de votre organisation générale. Aujourd’hui, c’est une question d’intérêt citoyen que je voudrais vous poser : sachant que l’intérêt de ce dispositif est de tester le maximum de monde pour casser les chaînes de transmission du virus, je voudrais savoir si des personnes qui souhaiteraient rester anonymes - tout en fournissant une adresse e-mail pour recevoir les résultats - pourraient être testées dans le cadre de COVISAN ?

24 juin 2020

La réponse arrive par mail :

Concernant votre question parfaitement légitime je peux vous apporter les réponses suivantes :
Dans le cadre des dépistages dits "barnums" : il est tout à fait possible de réaliser le test anonymement ou sous une "fausse identité". Sauf erreur de ma part on ne demande pas de justificatif d’identité aux personnes qui souhaitent se faire dépister. Le plus important, comme vous l’avez souligné, est l’adresse e-mail afin de recevoir les résultats.
Concernant les visites à domiciles, même si je n’ai jamais rencontré ce cas, il serait possible de les organiser "anonymement", dans la limite où une adresse et un numéro de téléphone sont nécessaires à minima. Il s’agit d’un service gratuit proposé par l’APHP, il se doit d’être le moins contraignant possible.

25 juin 2020

J’ai réfléchi à la réponse, un détail me tracasse. Je leur écris de nouveau :

J’ai cependant un petit doute pour l’organisation du dépistage en « barnum » car la première étape à laquelle tous les participants devaient se prêter était celle de la présentation de la carte Vitale suivie d’un échange avec deux personnes de l’Assurance maladie (semble-t-il ?) qui vérifiaient l’exactitude des données d’identité, âge, adresse, tél et e-mail. Pourriez-vous vérifier qu’il serait possible de bénéficier quand même d’un dépistage sans présentation de carte Vitale ?
Quant au dépistage à domicile, en effet, il me semble que je n’ai pas eu à montrer ma carte Vitale au binôme venu faire mon second prélèvement PCR.

26 juin 2020

Réponse à ma demande de précision :
En théorie, pour la réception des résultats et le suivi Covisan, le patient doit à minima fournir nom/prénom/date de naissance/numéro de téléphone, donc le patient n’est pas anonyme.
En pratique, le but étant de casser les chaînes de transmission, la mission de Covisan est de prendre en charge le maximum de personnes possibles, dont les personnes sans papiers ou en situation irrégulière. Dans les faits, nous prenons effectivement en charge des patients sans titre de séjour par exemple.
Aucune vérification d’identité n’est faite lors des dépistages à domicile Covisan, ceci de manière volontaire. Sur les barnums, les patients ne sont pas obligés de justifier leur identité.
En revanche, il est demandé au patient de ne pas mentir sur son nom/prénom/date de naissance, afin que son consentement à être dépisté par Covisan soit valide.

27 juin 2020

Je cesse de les harceler avec mes questions. Cependant quelque chose me travaille avec le recul : je n’ai pas souvenir qu’on m’ait fait signer un formulaire de consentement.

Juliette


Mon dépistage du coronavirus comme si vous y étiez

[1 Message dans le journal de la ville : Au moindre doute, n’hésitez pas à vous faire tester ! Tel est le conseil prodigué en cette période épidémique. Même si le nombre de malades atteints du coronavirus décroit fortement en France, le virus circule toujours. Ce mercredi 17 juin, une journée de dépistage gratuit du Covid-19 est organisée par l’Agence régionale de santé (ARS), en partenariat avec la Ville et l’APHP. Il s’adresse à tous les …, avec ou sans carte vitale, adultes et enfants de plus de 12 ans.
Le test proposé est le PCR. Il s’agit d’un prélèvement naso-pharyngé pratiqué à l’aide d’une sorte de long coton-tige introduit dans le nez. Peu agréable, l’opération ne dure que quelques secondes. Le test PCR permet de détecter la présence du virus au moment où le patient effectue le test. Les résultats sont donnés sous 48h par sms ou par mail.

[2Iledefrance.ars.sante.fr

[3 Message de mon amie médecin : « Indéterminé, en mots justes, ça veut dire "à recommencer" ;
ça peut aussi vouloir dire qu’on a eu l’infection il y a un moment et qu’il reste des brins de gènes du virus... Donc c’est compliqué à interpréter. Dommage qu’il ne soit pas prévu un entretien en vrai ( presence physique) pour rendre le résultat quelqu’il soit et que cela n’ait pas été expliqué avant...

[4 COVISAN est un dispositif mis en place par l’APHP pour le dépistage du covid. Les médecins ou autres professionnels de santé les appellent pour intervenir en cas de besoin de dépistage et ils gèrent le suivi et le dépistage « de masse ». 800 personnes sont formées pour aller sur le terrain.
https://www.aphp.fr/actualite/lancement-de-covisan-un-dispositif-de-suivi-renforce-des-personnes-covid

[5APHP (Assistance Publique Hôpitaux de Paris )

[6 « piqûre de moutarde », nouveau concept clinique en cours de validation par la Société d ORL française...

[7COVISAN protection des données
Les données de COVISAN sont « uniquement accessibles pour la durée nécessaire à votre suivi et celui de vos proches aux personnes intervenant spécifiquement dans le cadre de cette mission. Les données sont hébergées sous la responsabilité de l’AP-HP et aucun transfert de ces données à caractère personnel n’est prévu. Elles seront conservées conformément aux durées légales puis archivées. Conformément au Règlement Générale sur la Protection des Données (RGPD) vous disposez d’un droit d’accès, de rectification et d’opposition, et un droit à définir des directives sur la conservtaion, l’effacement et la comunication de ces données après votre décès, en vous adressant au délégué de la protection des données de l’APHP …protection.donnees.dsi@aphp.fr
Si vous estimez, après nous avoir contactés, que vos droits « Informatique et Libertés » ne sont pas respectés, vous pouvez adresser une réclamation à la CNIL… »

[8Vous avez récemment effectué un examen de biologie médicale à la recherche d’une infection par COVID-19.
De nouveaux documents qui vous concernent sont disponibles. Selon les cas, cela peut-être :
- Votre compte-rendu de biologie médicale contenant vos résultats, s’il ne vous a pas déjà été transmis par le laboratoire qui a analysé votre test ;
- Si votre examen virologique s’est révélé positif, un document avec des consignes à suivre avec, si vous souhaitez utiliser l’application StopCovid, le QR code (à usage unique, valide 7 jours et ne contenant aucune information personnelle) à scanner dans l’application pour déclarer votre examen positif.
Pour accéder à ces documents, cliquez sur le lien sécurisé ci-dessous et renseignez votre date de naissance et le mot de passe reçu par SMS sur votre téléphone mobile afin de vous identifier. Ces informations ne seront en aucun cas transmises à l’application StopCovid. Si vous avez des problèmes pour vous connecter, pas de panique : vous allez recevoir ces mêmes documents par courrier postal d’ici quelques jours.


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