Qu’est-ce qui vous a sauvé la vie ? - Cordel N°6

dimanche 5 avril 2015
par  Elisabeth Arrighi
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La bouteille à moitié pleine.

Quand quelqu’un a vécu des drames, a traversé une série d’épreuves, il importe qu’il sente que le soignant le croie, et qu’il compatisse à l’intensité de la détresse.
Qu’il s’agisse de l’insécurité de la misère financière, d’avoir eu faim et froid, de la peur, voire de la terreur devant des parents maltraitants, ou abuseurs, ou encore de la honte d’un rejet par l’école , l’entourage, à cause d’un exil ou d’une différence pas reconnue .
Pierre Delaunay, fondateur de « la Fédération des Ateliers de Psychanalyse » pose bien ce paradoxe qui n’était pas évident du temps de Freud : à la fois il affirme que s’occuper de la terreur ressentie par un enfant ou un adulte ,cela relève du travail de la psychanalyse au même titre que s’occuper de l’angoisse , mais il affirme aussi que oser demander au patient Qu’est-ce qui vous a sauvé la vie ? est une question extrêmement utile.
Quand le patient est rassuré et voit que le soignant a bien voulu se rendre compte de ce qu’il s’est passé, il est précieux de valoriser ce qui lui a permis de tenir. De voir non seulement la bouteille à moitié vide, mais aussi la bouteille à moitié pleine. _ Ainsi il peut se reconnecter avec ses ressources propres, être fier d’avoir su très résilient, sans se « vautrer » dans une situation de victime.

Se reconnecter avec ses oasis

Pour certains, ce sera le souvenir avec une grand-mère, un oncle, une nounou, un voisin chez qui on aura pu trouver refuge, ce seront des gnocchis partagés, des fruits ramassés en jardinant, des moments de refuge dans la lecture, la nature pour ceux qui avaient le droit de jouer dehors, la fratrie ou la bande de copains de son âge. Pour certains, ce sera un chien, un chat, pour certains qui auront vécu quasi enfermés dans une sorte de placard, ce sera le plaisir de l’évasion dans l’imaginaire.

Il importe de laisser le patient raconter ses oasis, avec les détails concrets, de saveur, de couleur, de lumière, de son. je trouve que c’est un moment très touchant de partage, surtout quand quelquefois, le patient nous raconte un bon souvenir qui évoque quelque chose qui a été un oasis pour nous aussi. Nos yeux qui brillent en écoutant ces bons souvenirs valident la force que chacun peut tirer de ses moments partagés avec quelqu’un, fut-il un chien, ou de ces moments construits dans la solitude de l’imaginaire.

Et les stratégies défensives engluantes ?

Mais dans ce qui a sauvé la vie, il n’y a pas toujours que de souvenirs « heureux ». Parfois l’enfant est dans une impuissance radicale, dans des rapports de force où il n’y a pas d’échappatoire, où il doit faire « alliance » avec l’adulte qui agresse. Il doit se raconter un sous-titrage, que « certes ce parent fait peur, mais que quand même, il est très fort, » que « ce parent demande des choses « impossibles », mais que comme il est gentil ou come il souffre, il a le droit de les demander… », etc

Ce qui est terrible, c’est que dans les graves traumas, l’intensité du ressenti, de l’affect est telle que l’enfant n’a que deux solutions. Ou, il est attaché à ses sensations, ou il s’anesthésie pour ne pas souffrir, s’organise un clivage où la part de lui qui a été agressé se met à part, comme dans une bulle.

Alors, plus tard, l’adulte lui aussi se fabriquera des stratégies pour surmonter ses épreuves.
Ou bien il cherchera des situations de conflits pour revivre ces moments d’intenses émotions. Il sera à la quête de partenaires qui veuillent bien pour revivre le film de son enfance. (les enfants battus recherchant un conjoint où les scènes de ménage évoqueront les colères et les coups du parent d’autrefois.) Pour dire à nouveau « même pas mal !! ».
Ou bien, il se verra dans la toute puissance de celui qui pourra aider ce parent, se vivant comme celui qui va soigner, consoler, réparer ce parent. Winnicott a beaucoup étudié la pulsion « soignante » de l’enfant qui a envie de venir au secours de sa mère ou de son père défaillants.
Ou au contraire, il se mettra dans une bulle, anesthésié à ses propres sentiments ou à ceux de son entourage.

Même et surtout dans ces situations terribles, solliciter les « oasis » paisibles qui ont permis de tenir , qui « ont sauvé la vie » est alors utile pour soi et pour les autres.


Mode opératoire

Imprimer le document joint (format pdf) en recto verso.
Plier en 4 la feuille obtenue (format A4, à l’origine)
On obtient un petit fascicule que l’on peut feuilleter et dont la page de couverture est constituée par l’image


Documents joints

Cordel Sauver la vie

Commentaires

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dimanche 31 mai 2015 à 21h12 - par  léaD

Merci de préciser l’importance que le soignant CROIE son malade. Cela aussi, il faudrait en parler dans les facs. Il n’est pas rare de voir en stage (dans mes expériences) les soignants douter de la parole des patients, voire les placer en "adversaires". J’ai besoin qu’on me répète cette évidence de d’abord, CROIRE son patient.
Cette idée/cet outil qu’est la phrase "Qu’est-ce qui vous a sauvé la vie ?" me paraît génial(e) ! Car léger, et insistant sur les "bons côtés".
Ces deux cordels sur la psychanalyse -avec celui sur "Le droit à l’amour et à la haine"- me permettent de découvrir cette pratique que je ne connais pas. Pour moi, il est vraiment important, ou plutôt, je trouve super de faire partager des "outils" comme cette phrase "Qu’est-ce qui vous a sauvé la vie ?"
Car ainsi, en plus de me faire découvrir certains concepts, cela les rends accessibles en proposant des outils concrets de soin. Merci.

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