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		<title>Les outils du soin</title>
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		<title>Calais hors la loi</title>
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		<dc:date>2015-11-03T23:38:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie Gueuret, Jo&#235;l Campagne, Martine Devries</dc:creator>



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&lt;p&gt;Cet article est paru le 27/10/2015 sur le blog Mediapart de Martine Devries &lt;br class='autobr' /&gt; La situation &#224; Calais et dans la r&#233;gion semble &#224; un tournant, un tournant assez large. Il a commenc&#233; il y a quelques mois, ce fut le &#171; d&#233;m&#233;nagement &#187; sur la zone actuelle : le 30 Mars 2015, sous une pluie battante et par un vent de force 7, neuf cents exil&#233;s &#171; persuad&#233;s &#187; par les autorit&#233;s que c'&#233;tait la bonne solution, neuf cents exil&#233;s arriv&#232;rent du squatt &#171; Tioxyde &#187; et du Bois Dubrulle, &#224; pied, en poussant des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://outilsdusoin.fr/paroles-et-temoignages/des-mots-pour-temoigner/" rel="directory"&gt;DES MOTS POUR TEMOIGNER&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article est paru le 27/10/2015 sur le blog Mediapart de Martine Devries&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation &#224; Calais et dans la r&#233;gion semble &#224; un tournant, un tournant assez large. Il a commenc&#233; il y a quelques mois, ce fut le &#171; d&#233;m&#233;nagement &#187; sur la zone actuelle : le 30 Mars 2015, sous une pluie battante et par un vent de force 7, neuf cents exil&#233;s &#171; persuad&#233;s &#187; par les autorit&#233;s que c'&#233;tait la bonne solution, neuf cents exil&#233;s arriv&#232;rent du squatt &#171; Tioxyde &#187; et du Bois Dubrulle, &#224; pied, en poussant des chariots de supermarch&#233;, o&#249; s'entassaient de pauvres bagages, des branchages servant d'armatures aux abris et des couvertures.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_361 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://outilsdusoin.fr/local/cache-vignettes/L150xH85/logo_open_europe-0438e.jpg?1728541138' width='150' height='85' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La localisation, dans une zone de dunes et de mar&#233;cages, autour de l'ancien centre a&#233;r&#233; de la ville, le centre Jules Ferry, &#224; 7 km du centre ville, le fait que ce soit le seul lieu &#171; tol&#233;r&#233; &#187;, &#233;tablit de fait une rel&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans abris, hors de la vue de tout le monde, hors des commodit&#233;s et des services, des commerces, des administrations de la ville, de la vie collective fran&#231;aise et citoyenne. Ce lieu est hors de la loi fran&#231;aise aussi, il faut le constater [1] : passages &#224; tabac sur la route, rixes et trafics au sein du camp, alcool en vente libre. M&#234;me si c'est &#224; &#233;chelle variable, m&#234;me si &#231;a ne touche pas tout le monde directement, &#231;a rend des actes ill&#233;gaux et des d&#233;lits possibles, c'est admis, presque normal&#8230;La police fran&#231;aise, tr&#232;s visible sur le chemin qui m&#232;ne au bidonville, pr&#233;sente aux portes du bidonville et au sein de la plate forme de services Jules Ferry, est maintenant pr&#233;sente &#224; l'int&#233;rieur du bidonville pour des &#171; patrouilles de surveillance &#187;, qui sont tout sauf rassurantes : les exc&#232;s des policiers, la violence qu'ils exercent envers les exil&#233;s en ville, ou aux abords du Tunnel ou du port, lors des tentatives d'embarquement &#224; bord des camions, ne rend pas possible d'imaginer qu'ils vont prot&#233;ger les personnes qui en auraient besoin. De toutes parts la menace de violences est l&#224;, et donc la crainte permanente, l'ins&#233;curit&#233; pour les exil&#233;s qui habitent l&#224; et subissent cette rel&#233;gation. Tous les exil&#233;s habitent l&#224;, c'est le seul lieu &#171; tol&#233;r&#233; &#187; par les autorit&#233;s, ils sont donc 6000 actuellement, de nationalit&#233;s, d'ethnies, de cultures, de religions diff&#233;rentes, d'histoires diff&#233;rentes, parfois des pass&#233;s de guerre entre eux au pays. 6000 avec des projets diff&#233;rents, ayant pour la plupart, v&#233;cu un d&#233;part du pays et un voyage traumatisants. Ils vivent actuellement dans des conditions mat&#233;rielles atroces : le froid, la pluie, l'absence ou l'insuffisance d'eau, de WC, l'absence ou l'insuffisance de ramassage des ordures, la difficult&#233; de trouver suffisamment &#224; manger, de se v&#234;tir, d'avoir des nouvelles des proches&#8230;Ils vivent dans l'obscurit&#233; d&#232;s la nuit tomb&#233;e : pas d'&#233;lectricit&#233; en dehors de l'&#233;clairage des deux voies pi&#233;tonnes qui traversent le bidonville. Ils sont dans la compl&#232;te incertitude de l'avenir : tenter ou non le passage en Grande Bretagne, y arriver ou refaire et refaire les tentatives&#8230; Payer&#8230; Ou renoncer, demander ou non l'asile, quelles chances de l'obtenir, comment survivre en attendant ? Renoncer &#224; rejoindre des proches, plus ou moins proches, renoncer &#224; sa langue, ou m&#234;me &#224; l'anglais qu'on a adopt&#233;&#8230;Recommencer ? Renoncer et vivoter sur ce lieu sordide, de petits boulots, petits services, petits trafics, jusque quand ? Dans tous les cas, c'est la grande incertitude sur l'avenir, et l'angoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait de ces conditions de rel&#233;gation, de cette absence de choix et de la violence de toute nature qui s'exerce sur les exil&#233;s, on doit prendre acte du fait que ce lieu, quel que soit le nom qu'on lui donne, le &#171; bidonville &#187;, la &#171; new jungle &#187;, la &#171; lande &#187;, le &#171; ghetto &#187;, est un lieu qui ne rel&#232;ve pas, de fait, de la loi fran&#231;aise, m&#234;me si, en th&#233;orie, elle devrait s'appliquer. La France est un Etat de Droit, elle dispose d'une s&#233;paration des pouvoirs. Le droit dit la loi, et la police fait appliquer la loi. Ici, on est loin du compte. Nous sommes dans un Etat d'exception. Les exil&#233;s ne sont pas des individus, encore moins des citoyens. On parle de flux migratoire, de question migratoire, quand ce n'est pas d'invasion&#8230; Ici les gens, on peut les battre, les gazer, d&#233;nier leur parole et celles de leurs t&#233;moins[2]. Ici, un mort de plus accident&#233; &#224; l'entr&#233;e du tunnel, &#231;a donne juste lieu &#224; un commentaire : &#171; Le trafic n'a pas &#233;t&#233; interrompu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, cet Etat d'exception va &#234;tre formalis&#233;, c'est l'&#233;tablissement d'un camp. Et bient&#244;t, pour entrer dans le camp, pour des raisons de &#171; s&#233;curit&#233; &#187;, d' &#171; efficacit&#233; &#187;, de &#171; lutte contre les trafics &#187;, il faudra &#234;tre r&#233;pertori&#233;, donner ses empreintes, et sa libert&#233;. Syrien ou pas, le choix de sa destination, le choix de vie est ni&#233;, au m&#233;pris de ce qui fonde l'Etat europ&#233;en, la d&#233;claration des droits de l'Homme et du Citoyen[3]. Et pourtant, ce lieu de d&#233;r&#233;liction est un lieu de vie ! C'est ce qui frappe tous les visiteurs, et ils sont nombreux : journalistes, b&#233;n&#233;voles, militants, chercheurs, artistes, m&#234;me les officiels en visite en sont t&#233;moins ! Des hommes -et des femmes- vivent ici, et les activit&#233;s humaines sont manifestes : &#233;piceries, restaurants, coiffeurs, &#233;coles, biblioth&#232;ques, &#233;glises et mosqu&#233;es, lieux de rencontre collectifs, espace d'accueil des arrivants. Lieu manifeste d'activit&#233; humaine, de cr&#233;ativit&#233; de g&#233;n&#233;rosit&#233; et d'arnaque aussi, qui t&#233;moigne du fait que, quelle que soit la situation, l'homme n'a pas &#171; besoin que de pain &#187; ! Ce qui frappe aussi est l'accueil du visiteur, pour peu qu'il soit lui-m&#234;me ouvert, qu'il ne vienne pas en &#171; pr&#233;dateur &#187; d'images, de t&#233;moignages monnayables ou d'&#233;motions. Le visiteur bienveillant se contente de marcher un peu, il croise quelques regards, &#233;change des sourires, se pr&#233;sente comme un ami et il peut partager un moment, une conversation, un th&#233;, de la musique, une partie de foot, ou des id&#233;es, beaucoup plus facilement que dans &#171; la vie normale &#187;. Ce faisant, le visiteur lui aussi a la sensation de rester humain, malgr&#233; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;sister devant cette menace, l'&#233;tablissement officiel d'un Etat d'exception dans ce lieu ? Permettre la parole, &#234;tre un interlocuteur, laisser la place &#224; tous les interlocuteurs bienveillants, prendre acte de tout ce qui fait l'histoire et la culture de ces hommes et de ces femmes, faciliter les rencontres, l'expression : lieux de parole, lieux de culte, lieux de culture, lieux de discussion, de confrontation, &#233;laboration d'un Journal, d'&#233;mission de radio, de films o&#249; ce sont les int&#233;ress&#233;s qui prennent la parole, entendre cette parole. La Soci&#233;t&#233; passe aussi par l'acte de faire conna&#238;tre la loi, de dire les droits. &#171; Sans papiers &#187;, mais pas sans droit ! Faire conna&#238;tre, pour ne pas les oublier, les droits qui sont dans la loi fran&#231;aise : le droit &#224; &#234;tre prot&#233;g&#233; quand on est une femme, un enfant, une personne vuln&#233;rable. Le droit &#224; &#234;tre abrit&#233;, et m&#234;me &#224; avoir un logement p&#233;renne et stable, le droit &#224; avoir acc&#232;s &#224; une nourriture suffisante, l'acc&#232;s aux soins m&#233;dicaux n&#233;cessaires, bref, le droit d'avoir les besoins fondamentaux couverts. Le droit de ne pas subir de violences, et celui de porter plainte, et d'&#234;tre entendu. Le droit d'&#234;tre un justiciable comme les autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et condition essentielle, pour ces raisons m&#234;mes, ce lieu doit rester un lieu ouvert aux b&#233;n&#233;voles, aux citoyens, pas un lieu clos avec encore des barbel&#233;s, des prises d'empreintes et des badges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Calais, hors la loi ! Un texte de Martine Devries, Joel Campagne, Jean-Marie Gueuret&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &lt;a href=&#034;http://www.defenseurdesdroits.fr/fr/actualites/calais-le-defenseur-des-droits-emet-des-recommandations-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.defenseurdesdroits.fr/fr/actualites/calais-le-defenseur-des-droits-emet-des-recommandations-&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2]&lt;a href=&#034;http://www.interieur.gouv.fr/Le-ministre/Interventions-du-ministre/14.10.2015-Courrier-de-Bernard-Cazeneuve-a-Jacques-Toubon-Defenseur-des-droits-sur-la-situation-des-migrants-a-Calais&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.interieur.gouv.fr/Le-ministre/Interventions-du-ministre/14.10.2015-Courrier-de-Bernard-Cazeneuve-a-Jacques-Toubon-Defenseur-des-droits-sur-la-situation-des-migrants-a-Calais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Article 13 Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa r&#233;sidence &#224; l'int&#233;rieur d'un Etat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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